Une histoire d’eau-forte

28 juin

Cette histoire ne sent pas le soufre mais le perchlo. Elle raconte les transformations d’une plaque de cuivre, depuis les premiers traits posés en février.

Je préparais alors un voyage d’hiver au Québec et rêvais aux paysages de neige, aux bouts de glace flottant sur le fleuve St Laurent. Tout était flou, vague et mouvant comme dans un rêve. Voici à quoi ressemblait alors la plaque gravée:

La gravure d’avant le départ

Arrivée dans l’hiver québécois, je ne fus pas déçue. Des couches de glace, des nuances infinies de gris, des bleus froids et limpides, et surtout du blanc, du blanc en veux-tu en voilà.

Les blancs, les gris du dehors
Les tableaux mouvants que laissent les traces d’engins dans la glace
Le blanc dans les musées et sur les toiles aussi

Et puis il a fallu briser là, repartir vers l’est et quitter les glaces, non sans emporter toutes ces réserves de blanc, ces silences. La mémoire, lentement, a fait oeuvre et le temps m’ a donné un coup de fouet: monter les blancs en neige, émulsionner, reprendre la plaque, la mettre au bain, à mordre. Aquatinte, puis sucre… Ah…que j’aime cette cuisine de graveur!

Les vernis sautent comme des verrous et voilà la plaque qui s’anime de creux, de remous, de gouttes de givre posée sur le cuivre. Canicule sur Toulouse, il fait 40 dehors, et à peine plus frais dans l’atelier mais ça y est: HIVER, je te tiens enfin !

Série Maisons, suite

3 mai

Dans cette série, beaucoup de maisons sont inspirées de mes souvenirs ou de mes rêveries autour du Québec.

Le côté « refuge » y est accentué par la morsure du froid et de la glace.

Dehors, tout est blanc, gris, couleur de gel, mais on imagine les flammes dans le foyer. Toujours, une bouilloire est posée sur le poêle, de l’eau frémit dans l’attente du voyageur de passage.

Ma petite bibliothèque boréale, 1ère partie.

Depuis quelques années, j’accumule un peu au hasard des récits, essais, romans venus ou inspirés du Nord. Maintenant que j’en ai pris conscience, j’ai choisi de réorganiser ma bibliothèque selon les points cardinaux. En commençant bien sûr par le Nord, le Grand.

Il y a longtemps, une amie m’a offert une des rares « Pléiades » présentes dans ma bibliothèque: Sagas islandaises. Livre précieux, livre fleuve que je n’ai jamais terminé. Sans cesse je me perdais dans ces histoires à tiroirs remplies de prénoms imprononçables, indistinguables pour celui qui ne connaît pas la langue. Je ne savais jamais de qui on parlait vraiment, de quel clan…je me laissais juste porter par les périples que ces peuples entreprenaient d’une saison à l’autre, d’une île à l’autre. La magie opérait mais le mystère toujours s’épaississait comme les brumes au fond d’un fjord qu’on ne trouverait sur aucune carte.

Plus récemment, c’est dans le tourbillon de la vie de Karitas, héroïne islandaise du XXème siècle, que je me suis laissé emporter. Karitas est une jeune femme dont la vie est vouée à saler du poisson. C’est sans compter avec sa force de caractère et sa passion . Ce livre en deux tomes est une ode à la peinture, et plus largement, au pouvoir invincible qui anime l’artiste. C’est aussi un magnifique roman sur la condition de la femme au siècle dernier. Ce livre est de ceux qui vous accompagnent longtemps…

Puis vinrent les lectures dans l’attente de mon premier voyage au Québec…

Un des plus marquants fut sans doute Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson dont je vous livre ici le résumé éditeur:


Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Sa lecture m’a ramenée à mes années de prépa quand j’étudiais Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. Ce classique de la littérature américaine m’avait profondément marquée et avait fait naître en moi le désir longtemps inassouvi de vivre un jour à mon tour dans une cabane au fond des bois…De Walden, Massachussetts, aux chalets du Canada, il n’y avait pas bien loin sur la carte mais dans ma cartographie personnelle, le périple a pris près de trente ans. Si cet aspect de mon roadtrip au Québec vous intéresse, vous pouvez lire le billet ici: https://wordpress.com/block-editor/post/lapoudredestampette.wordpress.com/935

A bientôt pour les autres livres qui composent ma « Bibliothèque boréale »!

Hiver forever…

Alors que je peaufine mon prochain billet sur mes lectures nordiques, je me promène le long de blogues consacrés à la Côte Nord du Québec… Je vous recommande tout particulièrement celui-ci que je viens de découvrir.

Frileux, frileuses, s’abstenir!https://tourismecote-nord.com/blogue/hiver/cote-nord-mon-hiver-est-plus-fort-que-le-tien/

Merci au blogue de Tourisme Côte Nord pour la photo!

« Le coureur de froid » et autres impressions blanches

Pour prolonger un peu les sensations du Québec, en transit entre les deux continents j’ai lu le tout petit roman de Jean Désy: « Le coureur de froid ». La jeune femme à la caisse du Musée national des Beaux-arts du Quebec m’avait prévenue: vous avez choisi des beaux livres pour emporter le froid dans vos bagages.

Cela raconte l’histoire d’un médecin qui se perd volontairement au coeur de la taïga du Nunavik. Cette perte est aussi une quête, un renouveau.

Jean n’en peut plus de son pavillon de banlieue, et ses escapades en forêt avec sa fille Marie ne suffisent plus à donner un sens à sa vie. Alors il quitte ce qu’il appelle « Le Grand Sud » pour son antipode.

C’est encore un livre de survie comme je les aime. Si vous avez aimé « Dans la Forêt » de Jean Hegland (https://lapoudredestampette.wordpress.com/2017/05/18/gravures-dernieres-lectures/ou « Dans les Forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson ( https://lapoudredestampette.wordpress.com/2017/12/27/lecture-de-fin-dannee/ alors vous apprécierez ces pages.

Et puis il y a la rencontre avec Max, le renard des neiges, qui sauvera la vie de Jean en lui montrant le chemin jusqu’à la cabane au bord du lac après des jours d’errance. Un clin d’oeil à St Ex qui aurait perdu sa boussole et aurait fait cap au Nord.

Juste avant le départ, j’avais lu « Frère de glace » d’Alicia Kopf (« Germa de Gel », traduit du catalan). Obsédée par les explorations polaires et les étendues du Grand Nord, l’auteure-plasticienne les transcrit au travers de dessins, photos et textes mêlés. Au coeur de ce roman se trouvent un garçon autiste et sa soeur artiste, tous deux figés dans la glace de l’incommunication.

Un extrait:

La glace rétrécit les vaisseaux sanguins qui apportent le sang dans la zone blessée.(…) Autrement dit, le froid calme la douleur des coups. C’est peut-être de là que provient la préférence des âmes tourmentées pour les endroits gelés: la paix de la neige qui tombe. L’indifférence des montagnes. Le début et la fin de Frankenstein au Pôle Nord.

QCH19, Jour 14… et départ

Réveillée ce matin aux aurores par la belle lumière, le thermomètre affiche -22. Envie de sortir encore une fois respirer cet air si vif qui pique les joues et les yeux…

Vite, écrire quelques cartes postales, boucler les bagages et me voilà sortie dans le Quartier Ste Foy où habite notre fils.

Un détour par la rue de l’Eglise où la neige a fondu et où on peut voir quelques photos racontant le Ste Foy d’antan.

Je reviens 20mn plus tard bien revigorée avec croissants et chocos pour notre brunch.

Les autres photos sont prises au départ dans l’avion Quebec/ Montréal et à l’arrivée à Montreal.

À présent il fait nuit et il va falloir essayer de dormir un peu avant d’arriver à Bruxelles demain 7h. Un dernier clin d’oeil: l’hôtesse qui lance l’enregistrement du vol Montréal/Bruxelles déclare que ce vol sera entre les mains de femmes uniquement: hôtesses, personnel de bord et de pilotage: c’est ainsi que le Québec salue la Journée Mondiale des Droits des Femmes…Applaudissements enthousiastes des passagères…certains passagers semblent plus réticents !

Ici radio Canada 1ere, je rends l’antenne….

QCH19, J12: Sibéria Spa & Archibald, ou comment clôturer ce séjour au Québec en beauté…

Notre séjour d’hiver au Québec touche presque à sa fin, et nous avons opté pour une séance sensations au Sibéria Spa, suivie d’un souper à l’Archibald, une micro-brasserie.

Je vous recommande chaudement l’expérience de ce spa nordique par une fin de journée et un début de nuit glaciales. Chaudement, c’est façon de parler car il devait faire environ moins 12 quand nous sommes arrivés là-bas vers 18h.

Vêtus d’un maillot, chaussés de sandales de piscine et munis d’une serviette et d’une petite bouteille d’eau – seuls équipements autorisés après s’être délestés au vestiaire de nos bottes, tuques, foulards, gants, et autres vêtements thermiques – nous voilà dans ce grand spa extérieur à la recherche du premier bassin d’eau chaude ou du plus proche abri possible!

Précision importante: presque tout le spa est  » lieu de silence », alors autant vous dire qu’aussi intenses que soient vos sensations, n’imaginez pas une seconde que vous allez pouvoir vous exclamer d’aucune façon…du genre: »P…qui fait froid c’est pas possible!!!**•¥$ »

Une seule solution: marcher sans desserrer les dents, de la façon la plus digne possible en claquettes en plastique sur les sentiers de dalles gelés mais salés qui sillonnent le jardin labyrinthe du spa.

Des mini- bassins de pierre et d’ardoise jalonnent votre parcours et quand vous rentrez dans le tout premier, c’ est un bonheur et un soulagement absolus! Vous soupirez d’aise en fumant de tout votre corps alors que vous vous immergez enfin dans une eau très chaude sous le regard tantôt amusé, tantôt indifférent de ceux qui vous y ont précédés. À noter: nous ne sommes jamais plus de 8 à barboter en silence, rien à voir avec les grands bassins des thermes que nous connaissons en France.

Quand au bout d’un long moment vous en trouvez le courage, vous vous agrippez à la rampe ( pas longtemps sinon votre main colle comme quand vous saisissez votre pot d’Haagen D***préféré dans le congélo…), vous enfilez vos tongs en plastique réfrigérées par l’air ambiant et vous nouez frénétiquement votre serviette en pagne autour de la taille. Et là, vous partez -mouillés mais toujours nimbés de la vapeur du bain- à la recherche de votre prochaine bulle de chaleur…

Les plus audacieux font des haltes dans les bassins d’eau froide…euh… pas nous!

Nous explorons tour à tour les haltes sauna, les yourtes sibériennes et les igloos.

Parmi nos préférés: la petite sieste dans l’igloo. Au centre, un poêle à bois qui diffuse une chaleur réconfortante, et suspendus tout autour en un large cercle: des hamacs. Une toute petite musique du monde et le balancement du hamac vous conduisent vers un moment de détente intense, la cellule familiale au complet comme dans un cocon douillet.

En sortant de l’igloo, j’ai fait un passage par le salon – bibliothèque à l’intérieur du bâtiment, histoire d’échanger ma serviette cartonnée par le gel contre une serviette sèche pour repartir de plus belle dehors continuer l’exploration.

En faisant des haltes régulières dans des bains de vapeur ou bouillonnants, je me suis aventurée jusque dans le fond du parc…où coule une rivière.

Il faut y aller à petits pas car tout le long du chemin, ça glisse un peu, mes sandales crissent sur le sol gelé saupoudré de sel. En bas, le spectacle est irréel: la rivière est tantôt liquide, tantôt solide, l’eau circule autour de gros blocs de glace. Une trappe et des marches sont emménagées dans le caillebotis pour pouvoir goûter l’eau du bout des orteils ( comme moi) ou pour s’ immerger en entier ( sans moi).

En remontant, haltes dans la yourte, le sauna à infrarouge et dernier bain dans la lumière bleue d’un tout petit bassin bien chaud.

Croyez-moi si vous voulez, mais après 2h de chaud et froid vous êtes en pleine forme, détendu et vous arrivez même à déambuler dignement et sans greloter dans les allées, bien que la température ait encore chuté par cette belle nuit étoilée de mars…

Dejà plus de 20h, il est temps de se changer car notre souper à l’Archibald nous attend… et j’ai une faim de loup des neiges au sortir de l’hiver!

Dans la micro- brasserie située à 1km du spa, changement radical d’ambiance: la musique et les voix sont fortes, la bière bien fraîche et les plats goûteux et ravigotants. Pour moi, ce sera une tartine de saumon fumé en entrée, suivie d’un pâté chinois, un autre plat typique du Québec comme son nom l’indique!

Spa+ souper:une formule forfait proposée par le Sibéria Spa que je vous recommande vraiment. Une façon très agréable et contrastée de garder encore un bon souvenir de notre séjour.

Les liens pour ceux que ça tente:

Accueil

https://g.co/kgs/eaeU5Z

QCH19, Jour 11, -12°:« Mirage blanc » au MNBAQ

En cette période de « relâche » beaucoup des Québécois qui ne sont pas au ski profitent des musées de la ville. Nous avions commencé notre séjour par la visite du Musée des Civilisations (lire ici:https://lapoudredestampette.wordpress.com/2019/02/26/qch19-j2-quebechiver19-jour2/) et nous le terminons presque par l’exposition « Mirage Blanc » et la collection sur l’art inuit au Musée National des Beaux-Arts du Québec (MNBAQ)

Le temps s’est de nouveau mis au froid et se prête bien à des activités à l’intérieur. Même les abords du musée sont très beaux. Nous découvrons les Plaines d’Abraham couvertes de neige en allant vers l’expo temporaire dédiée à l’hiver. Le décor est comme qui dirait raccord!

Nous avons joué le jeu, bien-sûr!

Cette expo, c’est exactement ce que je cherchais comme source d’inspiration et en prolongement à toutes les sensations que j’ai ressenties depuis 10 jours que nous foulons cette terre enneigée. Autant de petits cailloux blancs pour mes prochaines créations…

Voici quelques unes de oeuvres exposées:

Par temps froid comme aujourd’hui, il est possible de rejoindre les différents pavillons du musée via un souterrain, et là encore, c’est un plaisir pour les yeux:

Je finirai ce billet par quelques photos de l’expo au Pavillon Pierre Lassonde
sur l’Art Inuit qui m’a ravie par la nature des matériaux utilisés, les thèmes, et la force (quasi) chamanique qui se dégage de ces oeuvres.

QCH19,Jour 9: Drakkar vs Remparts…notre 1er match de hockey sur glace.

Après l’escapade dans les Appalaches décrites ici:https://wordpress.com/block-editor/post/lapoudredestampette.wordpress.com/2069 et là:https://wordpress.com/block-editor/post/lapoudredestampette.wordpress.com/2051  

C’est un peu à contre-coeur que nous sommes rentrés en ville. Mais nous nous étions ménagé un retour agréable en réservant nos places pour l’avant-dernier match de la saison au Vidéotron de Québec, précédé du traditionnel brunch du dimanche dans un endroit que Louis connait: Ben et Florentine.

Une grande première pour nous en tous les cas, et je dois dire que ce fut grandiose. Au risque de décevoir les amateurs de hockey, j’ai mieux aimé l’ambiance générale que le jeu lui-même dont je ne connais pas les règles!

Ce qui m’a frappée, c’est la joie d’être ensemble et de partager un bon moment, toutes générations et milieux confondus: couples, familles, grands-parents et tribu de petits enfants…

Tout le monde est bon public et se prête joyeusement aux jeux proposés: danse, séance de bisous et embrassades pour les couples…tout est bon pour rigoler!

Tout est fait pour maintenir en éveil l’attention des spectateurs via un écran géant qui projette aussi des jeux, des images du public glané pendant les pauses, en dehors des gros plans sur les passes et les buts (et des inévitables pubs).

Après 2 premières périodes sans grand intérêt, je me suis finalement laissé prendre au jeu lors de la période de prologation et de tirs au but joliment appelée « la fusillade ». C’est ainsi que quand les Remparts l’ont finalement emporté dans les toutes dernières secondes, je me suis levée d’un bond et j’ai crié aussi fort que le public québécois en liesse tout autour de nous.

Pour ceux qu’un descriptif du match intéresse, je mets le lien vers un article du Journal de Québec paru aujourd’hui:https://www.journaldequebec.com/les-remparts-surprennent-le-drakkar-devant-une-foule-monstre

En ce dernier dimanche ici, c’était Bomparts and Remparts: tous vs Drakkars!