Un dimanche sur les traces de Cézanne…1 ère partie

Depuis le début de l’été je convoitais ce voyage à Aix en Provence pour aller voir la rétrospective Fabienne Verdier…

Pour mon arrivée hier soir tard à la Gare routière d’Aix, j’avais réservé une chambre Airbnb à 5mn à pied.

Il faut dire que le périple-même en ne partant que de Béziers où j’avais fait escale vendredi soir et samedi- n’est pas des plus simples. À Béziers, train pour Avignon-centre, changement pour Avignon-TGV puis train pour Aix gare TGV et enfin navette pour Aix centre ville!

Soit dit en passant la Gare Aix TGV surnommée  » Aixploration » est toute belle de verre et de bois vêtue. Pour les navettes, traverser la passerelle ( on dirait un paquebot) et descendre au sous-sol pour le départ de la navette 40 qui conduit dans Aix et va jusqu’à Marseille St Charles.

Bref on arrive bien crevé il fait nuit alors vite au lit et vivement dimanche!

Des 9h, alors que mon hôte dort encore, je me dirige vers le  » Café des Artistes », à 10mn du Pavillon Vendôme, premier lieu de rencontre avec le travail de Fabienne Verdier.

Un petit déjeuner de coureur de fond vu que je n’ai pas diné la veille et me suis couchée direct!

Le Pavillon Vendôme expose le parcours, les recherches préparatoires, les inspirations et les outils de l’artiste, depuis ses débuts aux Beaux-Arts de Toulouse. Bien- sûr sa formation ascétique en Chine est la plus passionnante. Pour plus d’information, il faut lire le récit qu’elle en a fait dans  » La Passagère du silence « .

La salle consacrée à ces carnets de recherches m’a aussi beaucoup intéressée, ainsi que la diversité de ses sources d’inspiration: peinture et philosophie chinoises, signes linguistiques ( avec Alain Rey) recherches de correspondances entre peinture et musique à la Juilliard SChool, et actuellement exploration des neurosciences.

Je salue aussi ici la gentillesse de l’accueil au Pavillon, comme au Musée Granet: dans ma précipitation, j’ai oublié chez moi ma carte de la Maison des Artistes mais les personnes au guichet m’ont simplement fait confiance et J’ai donc pu faire toutes mes visites gratuitement aujourd’hui.

Midi… moitié parcours, pause café avec seulement un petit gâteau et une escale à la Maison Brémond, confiseur à Aix depuis…1830. Je rapporte une boîte de calissons à mes chéris restés à la maison.

Suite de ce dimanche sur les pas de Cézanne et à la rencontre de Fabienne Verdier dans le billet, 2e partie…

Ma petite bibliothèque boréale, 1ère partie.

Depuis quelques années, j’accumule un peu au hasard des récits, essais, romans venus ou inspirés du Nord. Maintenant que j’en ai pris conscience, j’ai choisi de réorganiser ma bibliothèque selon les points cardinaux. En commençant bien sûr par le Nord, le Grand.

Il y a longtemps, une amie m’a offert une des rares « Pléiades » présentes dans ma bibliothèque: Sagas islandaises. Livre précieux, livre fleuve que je n’ai jamais terminé. Sans cesse je me perdais dans ces histoires à tiroirs remplies de prénoms imprononçables, indistinguables pour celui qui ne connaît pas la langue. Je ne savais jamais de qui on parlait vraiment, de quel clan…je me laissais juste porter par les périples que ces peuples entreprenaient d’une saison à l’autre, d’une île à l’autre. La magie opérait mais le mystère toujours s’épaississait comme les brumes au fond d’un fjord qu’on ne trouverait sur aucune carte.

Plus récemment, c’est dans le tourbillon de la vie de Karitas, héroïne islandaise du XXème siècle, que je me suis laissé emporter. Karitas est une jeune femme dont la vie est vouée à saler du poisson. C’est sans compter avec sa force de caractère et sa passion . Ce livre en deux tomes est une ode à la peinture, et plus largement, au pouvoir invincible qui anime l’artiste. C’est aussi un magnifique roman sur la condition de la femme au siècle dernier. Ce livre est de ceux qui vous accompagnent longtemps…

Puis vinrent les lectures dans l’attente de mon premier voyage au Québec…

Un des plus marquants fut sans doute Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson dont je vous livre ici le résumé éditeur:


Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Sa lecture m’a ramenée à mes années de prépa quand j’étudiais Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. Ce classique de la littérature américaine m’avait profondément marquée et avait fait naître en moi le désir longtemps inassouvi de vivre un jour à mon tour dans une cabane au fond des bois…De Walden, Massachussetts, aux chalets du Canada, il n’y avait pas bien loin sur la carte mais dans ma cartographie personnelle, le périple a pris près de trente ans. Si cet aspect de mon roadtrip au Québec vous intéresse, vous pouvez lire le billet ici: https://wordpress.com/block-editor/post/lapoudredestampette.wordpress.com/935

A bientôt pour les autres livres qui composent ma « Bibliothèque boréale »!

« Le coureur de froid » et autres impressions blanches

Pour prolonger un peu les sensations du Québec, en transit entre les deux continents j’ai lu le tout petit roman de Jean Désy: « Le coureur de froid ». La jeune femme à la caisse du Musée national des Beaux-arts du Quebec m’avait prévenue: vous avez choisi des beaux livres pour emporter le froid dans vos bagages.

Cela raconte l’histoire d’un médecin qui se perd volontairement au coeur de la taïga du Nunavik. Cette perte est aussi une quête, un renouveau.

Jean n’en peut plus de son pavillon de banlieue, et ses escapades en forêt avec sa fille Marie ne suffisent plus à donner un sens à sa vie. Alors il quitte ce qu’il appelle « Le Grand Sud » pour son antipode.

C’est encore un livre de survie comme je les aime. Si vous avez aimé « Dans la Forêt » de Jean Hegland (https://lapoudredestampette.wordpress.com/2017/05/18/gravures-dernieres-lectures/ou « Dans les Forêts de Sibérie » de Sylvain Tesson ( https://lapoudredestampette.wordpress.com/2017/12/27/lecture-de-fin-dannee/ alors vous apprécierez ces pages.

Et puis il y a la rencontre avec Max, le renard des neiges, qui sauvera la vie de Jean en lui montrant le chemin jusqu’à la cabane au bord du lac après des jours d’errance. Un clin d’oeil à St Ex qui aurait perdu sa boussole et aurait fait cap au Nord.

Juste avant le départ, j’avais lu « Frère de glace » d’Alicia Kopf (« Germa de Gel », traduit du catalan). Obsédée par les explorations polaires et les étendues du Grand Nord, l’auteure-plasticienne les transcrit au travers de dessins, photos et textes mêlés. Au coeur de ce roman se trouvent un garçon autiste et sa soeur artiste, tous deux figés dans la glace de l’incommunication.

Un extrait:

La glace rétrécit les vaisseaux sanguins qui apportent le sang dans la zone blessée.(…) Autrement dit, le froid calme la douleur des coups. C’est peut-être de là que provient la préférence des âmes tourmentées pour les endroits gelés: la paix de la neige qui tombe. L’indifférence des montagnes. Le début et la fin de Frankenstein au Pôle Nord.

Z comme Zao, Z comme « Zi is Zi End »

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A la lettre Z , un nom s’impose à moi naturellement: Zao. Zao Wou ki. Depuis le début de ce projet, j’avais  pensé à un billet sur mon peintre préféré, mais que dire, quoi écrire qui n’est pas déjà été consigné quelque part entre orient et occident, entre peinture traditionnelle chinoise et le Montparnasse des années 50? En parlant de Montparnasse, ZAO est le seul peintre pour lequel j’ai fait un aller-retour Toulouse-Paris en train dans la journée pour voir sa rétrospective au Musée du Jeu de Paume en 2003… Aucunes autres toiles-hormis les ciels de Turner et les nymphéas de Monet- ne m’ont autant émue.

Fin de l’abécédaire. Six mois et un peu plus à jongler avec les lettres de A à Z, au gré des saisons, de l’humeur, de l’inspiration.

Alors je finirai par un  autoportrait- un selfie comme on dit aujourd’hui- de celle qui se cache derrière ces billets depuis plus de six mois. C’est moi, là où je me plais  le plus: en haut des marches de mon atelier en Ariège,avec mon tablier à petites fleurs quand j’attends la fin du temps d’exposition d’un cyanotype, quand j’attends que le papier sèche avant une impression, quand j’attends que l’inspiration vienne ou que parte la grande fatigue de l’année.

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Moi quand j’attends. A comme Attendre...allez, voilà que ça me reprend!

Et en attendant, si vous faisiez le chemin à rebours et alliez découvrir les articles des 25 autres lettres de l’alphabet? Moins de 25 billets, en fait, car vous le verrez vite, certaines lettres ont été prises ensemble, comme  dans la chanson Elaeudanla Teïteïa de Gainsbourg avec laquelle je vous tire ma révérence et vous remercie de votre lecture bienveillante.

Sur ma remington portative
J’ai écrit ton nom Laetitia
Elaeudanla Teïtéïa
Laetitia les jours qui se suivent
Hélas ne se ressemblent pas
Elaeudanla Teïtéïa
C’est ma douleur que je cultive
En frappant ces huit lettres-là
Elaeudanla Teïtéïa
C’est une fleur bien maladive
Je la touche du bout des doigts
Elaeudanla Teïtéïa
S’il faut aller à la dérive
Je veux bien y aller pour toi

Elaeudanla Teïtéïa
Ma raison en définitive
Se perd dans ces huit lettres là
Elaeudanla Teïtéïa
Sur ma remington portative
J’ai écrit ton nom Laetitia
Elaeudanla Teïtéïa
Serge G.

 

X-Y comme eXperimental cYanotYpe

C’est encore avec le procédé du cyanotype et  sa belle étYmologie grecque  que j’ai choisi d’illustrer doublement la lettre Y de notre alphabet.

Des premiers essais infructueux -erreurs de dosage, d’eXposition, manque de soleil-m’ont conduite à recYcler les cyanotypes. J’ai commencé à les utiliser comme papier d’impression pour mes eaux-fortes. Le mariage du blanc du papier , du bleu variable et de l’encre noire ou du gris de PaYne m’a ouvert de nouveaux horizons.

Je vous donne à voir ici ces premiers essais de technique mixte qui seront suivis de nombreux autres, maintenant que me voilà enfin revenue dans les PYrénées, dans mon atelier des cimes plus près  du bleu profond, sans nuage, qu’on ne trouve qu’en montagne.

W comme Wabi sabi

Presque à la fin de ce projet d’abécédaire, je reviens sur le wabi sabi. Cette philosophie du beau inséparable du temps qui passe et qui abîme n’a cessé de m’accompagner dans toutes mes recherches graphiques. La première fois que je me suis intéressée au wabi sabi, j’avais plutôt été attirée par la face mélancholique de cette esthétique, comme je le racontais dans ce billet.

Dans la vidéo que je vous encourage vivement à regarder en cliquant sur le lien,  le maître japonais Showsi Tsukamoto nous explique la relation  entre le wabi sabi, la réparation des céramiques – l’art du kintsugi – et  la résilience, la réparation des âmes et des blessures.

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Encre et cadre brisé, collection privée

« Kintsugi », littéralement « jointure en or », Kintsukuroi, « action de réparer à l’or » est une technique et un art japonais qui consiste à réparer les poteries et céramiques brisées avec une laque végétale saupoudrée de poudre d’or, puis polie à la pierre d’agate. Les pratiquants de la voie du thé appelaient cette partie réparée « paysage ».
Impermanence, humilité, réincarnation et flux continu de la vie, le kintsugi est un art qui redonne vie à l’objet, qui lui offre une seconde vie. »

 

 

UV, vers le bleu… « au milieu des algues et des coraux »

L’été et sa belle lumière semblent installés pour de bon, alors je reviens sur l’expérimention du cyanotype débutée le mois dernier.

En fait je continue ma série botanique mais bleu oblige, j’cherche des photos au milieu des algues et des coraux, les amateurs comprendront…

J’ai photographié certains tirages encore dans leur bain, au moment où ils flottent encore dans l’eau qui leur donne la vie.Je vais aussi essayer de faire en cyanotype le pendant de certaines de mes eaux fortes, pour montrer l’étendue et la variété de l’estampe, comme ci-dessous.

 

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Dans l’atelier on entend…

J’peux pas dormir, j’fais qu’des « gravures »
Gaby, oh Gaby, tu veux qu’j’te chante la mer
et encore

La Nuit je mens

« Voleur d’amphores
Au fond des criques
J’ai fait la cour à des murènes… »

T: traces d’enfance ou cyanotype et vieilles photos

33041391_10216562788086464_2810330185629433856_n33060220_10216562788046463_3979552727507140608_n33020543_10216562788126465_337870414157971456_nSur le mode « Arsenic et vieilles dentelles »… « T » comme Trouvé la Technique dont je rêvais pour mener à bien mes projets tournés vers l’enfance, teintés de nostalgie.

Grâce au stage de Cyanotype avec Lorena Acin, j’ai la clé pour rajouter des fragments photographiques et des végétaux à mes estampes. Le moyen de combiner deux des thèmes qui me sont chers.

La technique est simple, abordable en une journée alors je ne vais pas l’expliquer ici. Voilà qui finit de me réconcilier avec la chimie!

Mes premiers essais et mes pensées vont ce soir à la mère qui a inspiré la plupart de mes essais du jour. Je vais d’ailleurs lui en offrir pour la fête des mères qui approche ( en France).

Belle soirée en bleu

R comme Retour sur le burin, corps- à-corps avec le cuivre

 

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Comme promis voici mes notes et impressions sur l’initiation au burin que j’ai eu la joie de faire avec Maria Chillon le week-end dernier.

On fait souvent bien des mystères et des histoires autour de cette pratique. Comme dans la chanson  sur la peinture à l’eau on vous chante « la peinture à l’huile, c’est bien plus difficile « . Et c’est vrai que c’est dur, exigeant, et que nous avons passé la première demi-journée de stage à commencer à apprendre comment tenir l’outil.

Mais le burin reste avant tout une technique directe et simple, un corps-à-corps avec le cuivre qui change complètement le rapport à la gravure.  Il faut arriver à trouver un équilibre des forces qui part du coude, bien posé à plat sur la table, qui passe par le creux de la paume tandis que l’index se fait léger sur  le burin. J’ai eu l’impression que la main droite – quand on est droitier – est  un peu utilisée comme un rail, un guide, un conducteur au sens électrique du terme. Le plus ardu c’est de se défaire de l’envie d’exercer une pression avec l’index. Pour obtenir un joli trait de burin, c’est donc du coude et de la paume qu’il faut jouer!

 

Avec le burin, c’est tout le corps qui est engagé d’une façon subtile et mesurée. Le travail se joue aussi beaucoup avec la main gauche (clin d’oeil à notre atelier toulousain…) qui sert à faire avancer ou tourner le cuivre quand on veut faire des lignes courbes. Croyez-le si vous voulez, c’est au bras et à l’épaule gauches que j’avais mal au bout de ces deux jours de stage! Les doigts n’en sortent pas indemnes pour autant, surtout si comme moi vous commettez l’imprudence d’enlever les copeaux de cuivre avec…

Ce qui me conduit à un autre volet intéressant et pointu du stage: savoir aiguiser son burin.

La pointe s’use vite, se casse quand le geste est trop fort. Il faut donc apprendre à la réparer en utilisant une pierre ronde d’Arkansas. Pour ma part, je me suis concentrée sur l’affûtage de la tête du burin en  « carré ». Le but du jeu et de poser la partie carrée bien à plat sur la pierre et d’exercer une pression régulière, en tournant, pour obtenir une seule facette plane et rectiligne.

 

Image: Nicolas Sochos

 

Maria nous a conseillé de mouiller la pierre avec du pétrole, et non de l’huile. Renseignements pris, le pétrole a l’avantage de ne pas obstruer les pores de la pierre et de prolonger ainsi sa durée de vie et son efficacité.

Vous l’aurez compris, le côté sensuel et artisanal de la technique m’a vraiment séduite.Sans parler des moments de silence et de grâce que l’on vit au contact absolu avec la plaque, surtout quand, miracle, on arrive à faire un peu glisser son burin!

Eloge de l’effort et de la lenteur, tension et lâcher-prise, l’exercice du burin est une respiration du corps et de l’âme réunis.

Je finirai cet éloge en disant que  personnalité de Maria Chillon y est pour beaucoup. Son approche  à la fois technique et très libre, loin de l’image un peu rigide et glacée que j’avais du travail au burin, a fini d’effacer toutes mes craintes et mes a priori. Vous pouvez retrouver son travail sur internet et dans le n°6 de la revue Actuel qui lui était en partie consacré.