Nobori & nagori

De retour depuis une semaine dans ma maison des villes, je me suis activée comme une abeille, dehors aux petites heures fraîches du matin, dedans par les fortes chaleurs, et puis de nouveau dehors en soirée.

Je me suis d’abord occupée des plantes… l’intérieur attendra. Cactus et succulentes ont pris leur quartier d’été : Fin de l’hivernage pour tous les cactus, aussi !

Aujourd’hui, temps gris et thermomètre raisonnable, j’en profite pour ranger ma véranda-serre-atelier-bureau . La pièce change de fonction au gré des saisons et comme je suis là pour quelques semaines encore, autant la rendre aussi agréable que possible.

En semaine, elle me sert de bureau pour télétravailler le matin: il n’y fait pas encore trop chaud, je peux m’y isoler et faire cours sans déranger la maisonnée. Je me demande pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt. Mon bureau partagé me sort par les yeux : il faudrait que je lui consacre 3 jours pleins, sans parler de ces années de cours à jeter, mais là je deviens championne de procrastination… Voyez plutôt:


Donc, je suis mieux dans la véranda, entourée de toutes les nuances de vert du jardin. Et pour rajouter une touche japonisante, je viens d’installer le joli nobori bleu que j’avais gagné en participant à une expo là-bas: IPE et AIMPE: miniprints et max de boulot!

Nobori & Nagori

Aujourd’hui, je vais attaquer la partie « atelier »: trier les papiers, les outils, les encres et … jeter, . En avant pour une journée Feng shui : il faut que les énergies circulent mieux et que je puisse garder un oeil sur mes cactus, juste de l’autre côté de la vitre !

Comme j’ai beaucoup à faire, je vous parlerai demain de « Nagori », ce « naguère du goût », cette nostalgie des papilles. Mais aujourd’ hui que personne ne me dérange: je range, trie, et reste à l’écoute de mes fantômes.

Six ans de « So Dad » aujourd’hui…

Une frénésie de rose et de livres

Il y a deux choses que j’ai cherchées de façon compulsive depuis mon retour vers la ville, puisqu’il est encore prématuré de rechercher à retrouver ses amis.

La première, c’est des boutures, continuer à gratter et mélanger la terre, rempoter, agrandir ma famille de cactus et de succulentes. Fouiner dans le jardin et les recoins à la recherche de vieux pots, de contenants simples ou poétiques, parfois ébréchés, pour donner forme à cette envie de voir et de faire pousser. Me revoilà partie dans une phase très W comme Wabi sabi : les habitués de ce blog n’en seront pas surpris.

La seconde, c’est les livres. Alors que des commandes m’attendaient sagement ici, arrivées par la poste ou à récupérer à la librairie du coin, que je dois avoir à présent autant de livres à lire que de jours passés déconfinés, je ne peux m’empêcher d’être aux aguets. La moindre prescription littéraire qui me semble correspondre à une attente, je note, je gribouille sur un coin de table, et me voilà déjà en train d’appeler ma libraire pour lui commander un livre dont j’ai à peine entendu parler.

Sûrement cela a- t’il à à voir avec la frustration de ces dernières semaines où il m’a fallu « faire durer » les livres pour ne pas risquer d’être à court, en relire certains, et rêver aux suivants. En ce moment je suis prise d’un donjuanisme d’un nouveau genre: je veux collectionner les livres comme autant d’amants, je n’ai pas fini de porter mes yeux sur la dernière page de l’un que déjà je zieute le suivant, tout en regardant au loin un troisième qui me ferait de l’oeil ! Cette frénésie reste toute livresque, comme une libido-bibliotite aigüe, au grand dam de mon chéri qui a été bien inspiré de repartir illico dans ses montagnes pour me laisser assouvir cet appétit de livres qui ne lui laisse que peu de place !

Surtout que vous aurez noté que mon intérêt se porte ces jours-ci vers des livres empreints de nostalgie, imprégnés de culture japonaise, à mille lieues de la culture paysanne et pyrénéenne qui fut le théâtre de notre confinement et sur laquelle j’ai bien aimé écrire aussi, comme en témoignent mes billets dans la rubrique Ô confins…

Plaisanterie mise à part, j’avais aussi un grand besoin de me retrouver seule après toutes ses semaines closes sur le noyau familial le plus strict. Besoin de retrouver une certaine liberté de mouvement, de rythme. De penser par moi-même et dans le silence de mon intimité, que seuls les livres viendraient troubler.

Pour ceux que la littérature de l’ailleurs tenterait, j’ai aussi écrit plusieurs articles sur la littérature du Grand Nord qui est une autre de mes passions. A retrouver dans Ma petite bibliothèque boréale, 1ère partie. ( La 2eme partie est en gestation)

Et pour vous, comment se sont passés ces huit jours « libérés » ?

Un dimanche de mai qui ne manque pas de piquant…

Il faut croire que les piqûres de cactus sont contagieuses… L’après-midi boutures d’hier a été suivie d’une virée chez un producteur tout près d’ici « Au Cactus Francophone », toujours grâce aux conseils de Cathy, mon « maître ès cactus » !

Déjà il y a eu le plaisir de reprendre la route vers une destination toute proche mais inconnue. Le panneau « Vous entrez dans le département du Gers » m’a fait le même effet que si je lisais « Bienvenue en Alaska » ou quelque chose d’aussi dépaysant. Bon, j’exagère à peine, mais c’est pour vous dire mon degré d’allégresse, seule, au volant, sur les petites routes autour de chez moi.

L’accueil de Joël n’a pas gâché l’ambiance: simple, souriant, me parlant de sa vie quasi autarcique avec ses deux jumeaux et sa charmante compagne. J’ai passé un long moment dans la serre à me délecter de la grande variété de cactus et succulentes qu’elle recèle.

Puis un long moment encore à faire mon choix : il fallait bien que j’en rapporte quelques uns pour compléter ma collection ! J’en ai pris plein de petits mais j’ai aussi craqué sur un gros pépère et un moyen tout en fleurs. (pour les noms faudra que je révise ou que je me fasse aider par mon coach cactus !)

Après un repas dans le jardin, une petite sieste et un peu de cuisine sucrée pour bien commencer la semaine qui arrive ( pâte à crèpes, gâteau de riz au lait et pain perdu) retour à la véranda pour rempoter et installer les nouveaux venus. Un dimanche piquant/ sucré, moitié cavale, moitié coufinade.

Récit d’une semaine déconfinée, mi-figue, mi-raisin

Vous êtes nombreux à avoir sans doute profité de cette semaine de semi-liberté retrouvée. C’est vrai que c’était agréable de pouvoir se déplacer sans dérogation.

Mais pour nous ce fut une semaine en demi-teintes: mi-montagne, mi-ville, partagés entre l’envie de rester dans notre nid d’aigle à 1100m et celle de « redescendre » en ville. Je me sentais comme l’oisillon dont les griffes restent accrochées au bord du nid, coincées dans les brindilles enlacées, mais tentée de prendre mon envol.

Loin de profiter des balades et autres sorties, je suis plutôt restée dans mon cocon. Il faut dire que le temps ne se prêtait guère aux escapades : giboulées, « saints de glace » et autres frimas .

Voici en quelques images le roman-photos de cette semaine. Avec un « happy end » : le retour à Toulouse s’est accompagné du retour du soleil et de belles retrouvailles avec mon jardin abandonné. Et puis, quel plaisir de revoir les copains de l’AMAP, tous masqués mais les yeux rieurs, heureux de distribuer-entre autres- le pain d’épeautre qui m’a tant manqué…

Je vous souhaite à tous un bon 1er week-end de déconfinement… je vais de ce pas renouer avec ma libraire à qui j’ai commandé une moisson de livres.

Lazing on a rainy afternoon

Difficile de mettre un point final à la rubrique « Ô confins »... on ne passe pas d’un coup de 2 mois confinés au grand saut dans un espace de liberté qui est aussi un terrain miné par un ennemi invisible.

Aussi, cet après-midi s’est passé tout en douceur, calée dans un fauteuil de velours ras jaune moutarde, un coussin couvert de toile matelas derrière les reins, le chat sur les genoux, au coin du feu, toute à la joie d’avoir enfin de la lecture.

Après-midi lecture consacrée à Margaret Atwood que j’ai redécouverte dans un documentaire d’Arte que je vous recommande :https://www.arte.tv/fr/videos/086153-000-A/margaret-atwood-de-la-force-des-mots/

Je commence mon exploration par le recueil de poèmes : « The Circle Game » que je viens de lire d’une traite.

Mon poème préféré ouvre le recueil et s’intitule : « This is a photograph of me « .

Les premiers vers donnent à lire la description d’une photo vieillie, avec arbres et maison en arrière-plan. Et puis, comme souvent chez cet auteur, un détail glaçant fait irruption dans le décor :

In the background there is a lake,

and beyond that, some low hills.

(The photograph was taken

the day after I drowned)

I am in the lake, in the centre

of the picture, just under the surface.

Traduction :

A l’arrière-plan il y a un lac

et au-delà, des petites collines .

(La photo a été prise

le jour après ma noyade)

Je suis dans le lac, au centre

de la photo, juste en dessous de la surface

Vous aurez noté la parenthèse qui contient incidemment l’ information sur la mort brutale de la narratrice… Comme si elle nous disait à tous que notre mort ne sera que parenthèse, deux vers noyés au milieu d’un poème, au milieu d’un lac, au milieu d’une photo jaunie.

Combien de photos anciennes, ou d’images de nos défunts, laissent précisément cette impression: ils sont là, juste en dessous de la surface, le jour d’après.

Ce poème est une vanité dans un décor à la Walden, à moins qu’il ne vous fasse plutôt penser à Villequier et à Léopoldine . Mais qu’on soit né d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, penser sa propre mort ou celles des êtres chers, la mettre en scène ou en mots restent un drôle de jeu.

Drôle de lecture pour un jour pareil. Ce soir je commence le roman  » The Heart Goes Last » : Encore tout un programme, Peggy Atwood, dites-moi !

« L’aube sera grandiose »

12 janvier

Une fois de plus , c’est l’histoire d’une cabane, refuge d’une femme, puis d’une fratrie, des années 70 à nos jours. La cabane est isolée, au fond d’un chemin, au bord d’un lac et sera le cadre pour raconter une nuit entière une longue histoire familiale pleine de secrets.

Ce roman écrit par Anne-Marie Bondoux m’a été conseillé par une amie bibliothécaire. Il est publié chez Gallimard Jeunesse mais je n’ai pas trouvé qu’il s’adressait spécialement à des lecteurs ados. Les nombreuses références aux objets et musiques culte qui ponctuent le récit ne parleront sans doute qu’à ceux qui comme moi sont nés autour des années 70.

Mais c’est surtout l’ambiance de la cabane qui m’a inspiré encore une gravure qui viendra agrandir la série « Maisons ».

En voici les deux premiers états: tout d’abord l’eau-forte au trait, puis, la plaque retravaillée avec une aquatinte et un sucre. Au prochain atelier, je pense reposer une aquatinte pour obtenir un noir profond dans le bas de la gravure, comme si la cabane sortait d’une forêt ou d’un chemin ténébreux, et travailler les arbres autour.

A suivre…

Merci et joyeuses fêtes à tous!

Cette année vous avez été plus nombreux à suivre mon blog consacré à la gravure et aux voyages, alors merci à tous!

Si vous avez un moment avant la fin 2019, j’aimerais beaucoup que vous me laissiez un petit mot pour dire par exemple le post que vous avez le plus aimé, et pourquoi…

De mon côté, je vais profiter des vacances pour aller vous rendre visite, rattraper mon retard dans la lecture de vos billets, et peut-être découvrir de nouveaux blogs.

Et bien-sûr préparer expos et projets d’expos, de voyages…le prochain en février, aux antipodes de notre voyage d’hiver au Québec l’an dernier !

Je vous quitte avec le titre du roman que je suis en train de lire:

« L’aube sera grandiose  »

Muriel

Un dimanche sur les traces de Cézanne…1 ère partie

Depuis le début de l’été je convoitais ce voyage à Aix en Provence pour aller voir la rétrospective Fabienne Verdier…

Pour mon arrivée hier soir tard à la Gare routière d’Aix, j’avais réservé une chambre Airbnb à 5mn à pied.

Il faut dire que le périple-même en ne partant que de Béziers où j’avais fait escale vendredi soir et samedi- n’est pas des plus simples. À Béziers, train pour Avignon-centre, changement pour Avignon-TGV puis train pour Aix gare TGV et enfin navette pour Aix centre ville!

Soit dit en passant la Gare Aix TGV surnommée  » Aixploration » est toute belle de verre et de bois vêtue. Pour les navettes, traverser la passerelle ( on dirait un paquebot) et descendre au sous-sol pour le départ de la navette 40 qui conduit dans Aix et va jusqu’à Marseille St Charles.

Bref on arrive bien crevé il fait nuit alors vite au lit et vivement dimanche!

Des 9h, alors que mon hôte dort encore, je me dirige vers le  » Café des Artistes », à 10mn du Pavillon Vendôme, premier lieu de rencontre avec le travail de Fabienne Verdier.

Un petit déjeuner de coureur de fond vu que je n’ai pas diné la veille et me suis couchée direct!

Le Pavillon Vendôme expose le parcours, les recherches préparatoires, les inspirations et les outils de l’artiste, depuis ses débuts aux Beaux-Arts de Toulouse. Bien- sûr sa formation ascétique en Chine est la plus passionnante. Pour plus d’information, il faut lire le récit qu’elle en a fait dans  » La Passagère du silence « .

La salle consacrée à ces carnets de recherches m’a aussi beaucoup intéressée, ainsi que la diversité de ses sources d’inspiration: peinture et philosophie chinoises, signes linguistiques ( avec Alain Rey) recherches de correspondances entre peinture et musique à la Juilliard SChool, et actuellement exploration des neurosciences.

Je salue aussi ici la gentillesse de l’accueil au Pavillon, comme au Musée Granet: dans ma précipitation, j’ai oublié chez moi ma carte de la Maison des Artistes mais les personnes au guichet m’ont simplement fait confiance et J’ai donc pu faire toutes mes visites gratuitement aujourd’hui.

Midi… moitié parcours, pause café avec seulement un petit gâteau et une escale à la Maison Brémond, confiseur à Aix depuis…1830. Je rapporte une boîte de calissons à mes chéris restés à la maison.

Suite de ce dimanche sur les pas de Cézanne et à la rencontre de Fabienne Verdier dans le billet, 2e partie…

Ma petite bibliothèque boréale, 1ère partie.

Depuis quelques années, j’accumule un peu au hasard des récits, essais, romans venus ou inspirés du Nord. Maintenant que j’en ai pris conscience, j’ai choisi de réorganiser ma bibliothèque selon les points cardinaux. En commençant bien sûr par le Nord, le Grand.

Il y a longtemps, une amie m’a offert une des rares « Pléiades » présentes dans ma bibliothèque: Sagas islandaises. Livre précieux, livre fleuve que je n’ai jamais terminé. Sans cesse je me perdais dans ces histoires à tiroirs remplies de prénoms imprononçables, indistinguables pour celui qui ne connaît pas la langue. Je ne savais jamais de qui on parlait vraiment, de quel clan…je me laissais juste porter par les périples que ces peuples entreprenaient d’une saison à l’autre, d’une île à l’autre. La magie opérait mais le mystère toujours s’épaississait comme les brumes au fond d’un fjord qu’on ne trouverait sur aucune carte.

Plus récemment, c’est dans le tourbillon de la vie de Karitas, héroïne islandaise du XXème siècle, que je me suis laissé emporter. Karitas est une jeune femme dont la vie est vouée à saler du poisson. C’est sans compter avec sa force de caractère et sa passion . Ce livre en deux tomes est une ode à la peinture, et plus largement, au pouvoir invincible qui anime l’artiste. C’est aussi un magnifique roman sur la condition de la femme au siècle dernier. Ce livre est de ceux qui vous accompagnent longtemps…

Puis vinrent les lectures dans l’attente de mon premier voyage au Québec…

Un des plus marquants fut sans doute Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson dont je vous livre ici le résumé éditeur:


Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Sa lecture m’a ramenée à mes années de prépa quand j’étudiais Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. Ce classique de la littérature américaine m’avait profondément marquée et avait fait naître en moi le désir longtemps inassouvi de vivre un jour à mon tour dans une cabane au fond des bois…De Walden, Massachussetts, aux chalets du Canada, il n’y avait pas bien loin sur la carte mais dans ma cartographie personnelle, le périple a pris près de trente ans. Si cet aspect de mon roadtrip au Québec vous intéresse, vous pouvez lire le billet ici: https://wordpress.com/block-editor/post/lapoudredestampette.wordpress.com/935

A bientôt pour les autres livres qui composent ma « Bibliothèque boréale »!