La maison de mes rêves…

Voilà un an ou plus que je poursuis ce rêve. Le rêve d’une maison gravée qui serait faite de peu. Peu de traits, peu d’effets, beaucoup de blanc et de vrais noirs aussi.

La semaine dernière je partageais avec vous un raté (https://lapoudredestampette.com/2020/01/18/aquatinte-et-migraine-ne-font-pas-bon-menage/) mais hier à l’atelier, sans crier gare, la voilà qui se pointe au tirage telle que je la rêvais, telle que je la voulais.

Ce n’est pas seulement que j’aime cette gravure. J’ai souvent tendance à m’emballer et à aimer la petite dernière, l’estampe tout juste sortie du bain de perclo, à peine sortie des langes, papier encore humide comme une peau de bébé pas encore essuyée.

Non, avec celle-là c’est différent. J’ai ressenti un sentiment de plénitude en la voyant. L’impression que j’allais pouvoir y poser mes valises, m’y réfugier, prendre un peu du bois de la pile et faire un feu, dedans.

Le genre de rêverie que j’avais, enfant, quand je me laissais emporter par l’illustration pleine page dans un album de contes de pays lointains. (Il faut que je retrouve l’éditeur de cette série, tiens. Pour voir si la magie opère encore.)

Aujourd’hui, je suis à la fois l’illustratrice et la conteuse de ma propre histoire, même si au fond je n’ai pas grand chose à raconter de plus que ce que la gravure dit.

Aquatinte et migraine ne font pas bon ménage!

Voici pour changer un billet sur un raté. Vous ai-je déjà dit que la gravure, c’est difficile? On peut passer de longues heures à travailler une plaque, attendre le temps de la morsure, faire le tirage un peu fébrilement et…être fort déçue du résultat.

La semaine dernière je vous avais montré les deux premiers états d’une nouvelle gravure dans la série « Maison » . Toute la semaine j’ai pensé à ce moment où je pourrai enfin retravailler ma plaque et rajouter ce petit chemin sombre, cette forêt dont la maison semblerait jaillir.

Alors pourquoi, oui, pourquoi, ai-je posé mon aquatinte à l’inverse de ce que je voulais initialement? Pourquoi plonger la maison dans la nuit et mettre cette grande masse sombre en haut de la plaque, et non en bas comme prévu?

Il y a sans doute plusieurs raisons à cela: un changement d’humeur qui pousse le noir à envahir la plaque ou, aussi, un manque de concentration dans l’atelier lors de la pose de l’aquatinte. Ce n’était sans doute pas une bonne idée que d’entreprendre cette aquatinte avec la migraine qui me voilait la moitié de la face.Et si c’était elle que l’on voit enserrer la maison comme un étau ?!

Je ne sais pas encore ce que je ferai la semaine prochaine pour essayer de rattraper les dégâts: aplatir patiemment les grains de l’aquatinte pour retrouver un ciel gris clair et reposer une aquatinte sur le bas de la gravure? Je verrai ça, « à tête reposée »!

"L'aube sera grandiose"

Une fois de plus , c’est l’histoire d’une cabane, refuge d’une femme, puis d’une fratrie, des années 70 à nos jours. La cabane est isolée, au fond d’un chemin, au bord d’un lac et sera le cadre pour raconter une nuit entière une longue histoire familiale pleine de secrets.

Ce roman écrit par Anne-Marie Bondoux m’a été conseillé par une amie bibliothécaire. Il est publié chez Gallimard Jeunesse mais je n’ai pas trouvé qu’il s’adressait spécialement à des lecteurs ados. Les nombreuses références aux objets et musiques culte qui ponctuent le récit ne parleront sans doute qu’à ceux qui comme moi sont nés autour des années 70.

Mais c’est surtout l’ambiance de la cabane qui m’a inspiré encore une gravure qui viendra agrandir la série « Maisons ».

En voici les deux premiers états: tout d’abord l’eau-forte au trait, puis, la plaque retravaillée avec une aquatinte et un sucre. Au prochain atelier, je pense reposer une aquatinte pour obtenir un noir profond dans le bas de la gravure, comme si la cabane sortait d’une forêt ou d’un chemin ténébreux, et travailler les arbres autour.

A suivre…

Home, dom, casa, etxe, etc.

2019 se termine et je n’en finis pas de décliner le thème de la maison dans mes gravures. Même le mot dans différentes langues me plaît, et à l’envi je cherche à le traduire en traits.

Je reviens ici sur le travail d’une grande plaque au cuivre. Initialement, j’ai été inspirée par grange au bord d’une de ces routes rectilignes qui traversent les forêts du Québec. J’ai d’abord réalisé une eau-forte. Une eau-forte, c’est une gravure sur une plaque de cuivre qui a d’abord été polie, puis vernie. Ensuite, on vient graver avec une pointe en métal. Puis on plonge la plaque de cuivre gravée dans un bain d’acide (aqua forte, d’où le nom d’eau-forte) qui va attaquer les endroits où la pointe a fait sauter le vernis. Au bout d’une heure environ, on sort la plaque du bain, on la rince, et on enlève le vernis.

Restent alors dans le cuivre les tailles dans lesquelles l’encre va se loger. On peut passer à l’encrage et on obtient un 1er état …dont je rajouterai la photo plus tard car je ne l’ai pas sous la main au moment où j’écris ce billet à la montagne!

Si on souhaite retravailler la plaque, on peut ensuite poser une aquatinte.

L’aquatinte est une technique qui permet de réaliser des aplats de couleur sur la plaque de cuivre grâce à un grainage à la poudre de résine. C’est cette zone couverte de résine qui une fois fondue retiendra l’encre et permettra de créer différentes nuances de teinte selon le temps de morsure de l’acide sur la plaque. Entre chaque bain, on recouvre de vernis les parties qu’on veut protéger de l’acide (et donc garder claires). Les parties non protégées vont se foncer.

Eau-forte avec aquatinte, 1er état, avril 2019

Comme vous pouvez le voir, ce n’est pas toujours facile de bien doser les morsures, et là, je n’étais pas satisfaite du tout de tout ce noir et j’ai remisé ma plaque pour quelques mois au fond de l’atelier…

Début décembre j’ai décidé de reprendre l’aquatinte en l’écrasant au polissoir, afin de pouvoir en reposant une nouvelle et reprendre mes morsures. J’ai essayé de faire ressortir les nuances de blanc et de gris dans la neige, et retravaillé certaines parties de la grange et des arbres à la pointe sèche.

Eau-forte et aquatinte, 2è état, début décembre 2019

Lors de la dernière séance d’atelier de l’année, j’ai de nouveau retravaillé ma plaque à la pointe sèche pour donner un peu plus de présence à l’architecture de la grange et aux éléments du paysage. J’ai notamment posé un sucre sur la partie enneigée pour recréer un effet de grains. (en bas à droite de la plaque)

La gravure au sucre consiste à dessiner en appliquant directement au pinceau un mélange de sucre et d’eau. Après passage et traitement du grain aquatinte, on peint donc directement sur la plaque avec la mélasse.Après séchage de la mélasse, on applique le vernis, une fois ce vernis parfaitement sec, on dilue avec de l’eau tiède la partie sucrée, dégageant la surface de la plaque qui sera trempée dans l’acide, le temps de trempage étant fonction du résultat escompté (de quelques minutes à quelques dizaines de minutes). Ensuite le vernis est dégagé, pour être encré…

Eau-forte, aquatinte et sucre, fin décembre 2019

Merci et joyeuses fêtes à tous!

Cette année vous avez été plus nombreux à suivre mon blog consacré à la gravure et aux voyages, alors merci à tous!

Si vous avez un moment avant la fin 2019, j’aimerais beaucoup que vous me laissiez un petit mot pour dire par exemple le post que vous avez le plus aimé, et pourquoi…

De mon côté, je vais profiter des vacances pour aller vous rendre visite, rattraper mon retard dans la lecture de vos billets, et peut-être découvrir de nouveaux blogs.

Et bien-sûr préparer expos et projets d’expos, de voyages…le prochain en février, aux antipodes de notre voyage d’hiver au Québec l’an dernier !

Je vous quitte avec le titre du roman que je suis en train de lire:

« L’aube sera grandiose  »

Muriel

VIDATELIER DE L'AVENT, 10ème édition!

Oyez, oyez chers amis blogueurs, suiveurs, lecteurs, amateurs!

Pour la 10eme année consécutive j’organise un vide-atelier un peu spécial avec mes petites choses: gravures, cyanos sur papier ou sur tissu…

Pourquoi spécial?

D’abord parce que je le fais en ligne via Facebook pour ceux qui sont loins et ne peuvent pas venir en amis ou en voisins dans mon atelier.

Ensuite parce que ce « Vidatelier » se veut solidaire, un peu… Chaque année, son lancement coïncide avec la campagne des Restos du Coeur : pour chaque petite chose achetée, vous faites un don de 10% à cette association qui en a bien besoin avec l’hiver et les « fêtes » qui approchent. Une façàn de ne pas oublier que tout le monde n’est pas à la fête et que les vendredis noirs n’ont pas le même sens pour tout le monde…

Alors si vous voulez participer, ou simplement faire les curieux, c’est par ici sur ma page facebook pro: https://www.facebook.com/murielbo/

et c’est jusqu’au dimanche 8 décembre

Pas besoin d’être inscrits sur Facebook, cette page est publique. Et si vous souhaitez acquérir quelque chose vous pouvez me laisser un message soit sur FB, soit sur mon blog WordPress.

Merci d’avance et peut-être à bientôt!

10e Vidatelier de l’Avent
sur ma page facebook @ Muriel Bo

Mon « Vidatelier de l’Avent » a 10 ans!

Novembre…premiers frimas, premières brumes, jours qui raccourcissent, voici mon remède à la mélancolie: vous préparer une belle édition anniversaire pour mon Vidatelier de l’Avent qui aura lieu cette année du vendredi 29 novembre au dimanche 8 décembre 2019.

Et oui, « j’ai dix ans » comme le chante Souchon ( et le 29/11, jour du lancement du vide-atelier, mon fils fêtera ses…25 ans! Le temps passe si vite! ). Les années passent mais les principes restent les mêmes:

  • je mets en ligne sur Facebook un album photo avec les gravures et les cyanos que je vous propose et que je vous envoie avant Noël.
  • prix atelier (tout doux)
  • gravures et cyanos signés et non encadrées pour faciliter l’envoi
  • pour chaque oeuvre achetée, vous faites un don aux Restos du Coeur : je reverse 10% à l’association pour sa campagne d’hiver. L’an dernier, grâce à vous, le don total s’est élevé à 80€

Cette année, j’espère faire mieux, avec votre concours! Pas besoin d’être « inscrit » sur FB , l’album pour consulter les gravures sera public. Si vous souhaitez recevoir une invitation via fb ou par mail, n’hésitez pas à m’écrire ici ou à : murielbopress@gmail.com

D’avance merci, je retourne aux préparatifs (J-20 !)

De Sorgeat à Combray

Après une semaine à me ressourcer en montagne, à fouler les feuilles dans les sentiers, à chercher et expérimenter à l’atelier une nouvelle piste s’est ouverte à moi ce matin. Nouvelle et ancienne à la fois puisqu’elle me ramène sur les traces de Proust…

Dans mes derniers essais de cyanotype, j’ai mélangé herbier et photos d’enfance. Les tirages ressemblent un peu à des pellicules de film , des projections un peu floues, et les passages où Proust évoque la  » lanterne magique » me sont revenus d’un coup.

En voici un extrait:

A Combray, tous les jours dès la fin de l’après-midi, longtemps avant le moment où il faudrait me mettre au lit et rester, sans dormir, loin de ma mère et de ma grand’mère, ma chambre à coucher redevenait le point fixe et douloureux de mes préoccupations. On avait bien inventé, pour me distraire les soirs où on me trouvait l’air trop malheureux, de me donner une lanterne magique, dont, en attendant l’heure du dîner, on coiffait ma lampe ; et, à l’instar des premiers architectes et maîtres verriers de l’âge gothique, elle substituait à l’opacité des murs d’impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, où des légendes étaient dépeintes comme dans un vitrail vacillant et momentané. Mais ma tristesse n’en était qu’accrue, parce que rien que le changement d’éclairage détruisait l’habitude que j’avais de ma chambre et grâce à quoi, sauf le supplice du coucher, elle m’était devenue supportable. « 

Et une « illustration » et explication trouvées sur le site de la BNF: http://expositions.bnf.fr/proust/grand/7-5.htm

J’ai alors repensé aux passages dans Du côté de chez Swann, magnifiques, baignés de bleus, dans la petite église de Combray. Je ne résiste pas au plaisir de les partager ici:

Que je l’aimais, que je la revois bien, notre Eglise…/… Ses vitraux ne chatoyaient jamais tant que les jours où le soleil se montrait peu, de sorte que, fît-il gris dehors, on était sûr qu’il ferait beau dans l’église(…) Il y en avait un qui était un haut compartiment divisé en une centaine de petits vitraux rectangulaires où dominait le bleu, comme un grand jeu de cartes pareil à ceux qui devaient distraire le roi Charles VI; mais soit qu’un rayon eût brillé, soit que mon regard en bougeant eût promené à travers la verrière tour à tour éteinte et rallumée, un mouvant et précieux incendie, l’instant d’après elle avait pris l’éclat changeant d’une traîne de paon, puis elle tremblait et ondulait en une pluie flamboyante et fantastique qui dégouttait du haut de la voûte sombre et rocheuse, le long des parois humides, comme si c’était dans la nef de quelque grotte irisée de sinueux stalactites que je suivais mes parents, qui portaient leur paroissien; un instant après les petits vitraux en losange avaient pris la transparence profonde, l’infrangible dureté de saphirs qui eussent été juxtaposés sur quelque immense pectoral, mais derrière lesquels on sentait, plus aimé que toutes ces richesses, un sourire momentané de soleil; il était aussi reconnaissable dans le flot bleu et doux dont il baignait les pierreries que sur le pavé de la place ou la paille du marché; et, même à nos premiers dimanches quand nous étions arrivés avant Pâques, il me consolait que la terre fût encore nue et noire, en faisant épanouir, comme en un printemps historique et qui datait des successeurs de saint Louis, ce tapis éblouissant et doré de myosotis en verre. « 

Autant vous dire que si je me replonge dans les volumes de La Recherche, je ne suis pas prête d’abandonner le bleu des cyanotypes…

Cyanotypes à l’heure d’hiver

Ce n’est pas parce qu’officiellement on vient de passer à l’heure d’hiver que la saison des cyanos est finie! Grâce à une « fenêtre météo » favorable que j’avais anticipée, j’ai pu continuer quelques essais à partir de nouveaux négatifs que je n’avais pas encore testés, ou que j’ai mélangé à des anciens.

Entre le changement d’heure et le timide soleil d’automne, cette journée a pris des airs de course contre la montre, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Suite de la série « Cartographies intimes »:

Début d’une nouvelle série d’inspiration japonisante:

Et début d’une petite série sur carton qui seront à l’honneur pour mon 10ème « Vidatelier de l’Avent »

Expos Automne/Hiver 2019

Mes prochaines expos, salons, vide-atelier:

1. Awagami International Mini Print ( AIMPE), Tokushima ( Japon) du 5 octobre au 10 novembre 2019

2. International Print Exchange( IPE), Banks Mill Studios, Derby ( Angleterre) du 11 octobre au 5 novembre 2019.

3. Salon de St Martin ( Gers) du 12 au 20 octobre

4. Fin novembre: SMART / Supermarché de L’Art à Rignac ( Aveyron)

5. Pour l’Avent ( dernier we de novembre et 1er we de décembre): 10eme édition de mon  » Vidatelier de L’Avent ». Dans mon atelier toulousain et sur Fb pour les amis ou collectionneurs éloignés!