Une histoire d’eau-forte

Cette histoire ne sent pas le soufre mais le perchlo. Elle raconte les transformations d’une plaque de cuivre, depuis les premiers traits posés en février.

Je préparais alors un voyage d’hiver au Québec et rêvais aux paysages de neige, aux bouts de glace flottant sur le fleuve St Laurent. Tout était flou, vague et mouvant comme dans un rêve. Voici à quoi ressemblait alors la plaque gravée:

La gravure d’avant le départ

Arrivée dans l’hiver québécois, je ne fus pas déçue. Des couches de glace, des nuances infinies de gris, des bleus froids et limpides, et surtout du blanc, du blanc en veux-tu en voilà.

Les blancs, les gris du dehors
Les tableaux mouvants que laissent les traces d’engins dans la glace
Le blanc dans les musées et sur les toiles aussi

Et puis il a fallu briser là, repartir vers l’est et quitter les glaces, non sans emporter toutes ces réserves de blanc, ces silences. La mémoire, lentement, a fait oeuvre et le temps m’ a donné un coup de fouet: monter les blancs en neige, émulsionner, reprendre la plaque, la mettre au bain, à mordre. Aquatinte, puis sucre… Ah…que j’aime cette cuisine de graveur!

Les vernis sautent comme des verrous et voilà la plaque qui s’anime de creux, de remous, de gouttes de givre posée sur le cuivre. Canicule sur Toulouse, il fait 40 dehors, et à peine plus frais dans l’atelier mais ça y est: HIVER, je te tiens enfin !

L’île aux cabanes

Inspirée par ma lecture du roman « Ours » de Marian Engel dont je vous parlerai dans mon prochain billet sur ma bibliothèque boréale https://lapoudredestampette.wordpress.com/2019/04/28/ma-petite-bibliotheque-boreale-1ere-partie/, cette eau-forte marie deux thèmes qui me sont chers: les îles et les cabanes.

Tout avait commencé par une eau-forte qui marquait les contours d’une île. Avec l’aquatinte, des formes sont apparues, qui à leur tour ont appelé des rajouts à la pointe sèche. La cabane du milieu de l’île a pris peu à peu de plus en plus de place, tandis qu’un corps mi-femme, mi-ourse a surgi dans le décor…

Qui sait si d’autres habitants vont venir peupler l’île et la cabane ? ..suite au prochain atelier.

Pour découvrir mes autres cabanes, explorer le lien:https://lapoudredestampette.wordpress.com/2019/05/02/serie-maisons/

Cartographie imaginaire

Le village minuscule, 1er état

La série « Maisons » se poursuit…

A présent, elles se baladent, se posent sur des îles au hasard, des îles rêvées, des îles parcourues…Elles dessinent une cartographie intime où le mobile et l’immobile tissent une histoire, et tout devient fluide, possible.

Parfois, maintenant, mes petites maisons se collent l’une à l’autre, telles les moutons pendant l’estive, elles font société, forment un village minuscule dans lequel des affinités peut-être se créent, des amitiés se nouent.

Au soir, tout autour, la mer est agitée, alors les gens se serrent pour la veillée et les anciens racontent des histoires apportées par le vent et les tempêtes, toujours les mêmes.

Les plus petits s’endorment, blottis dans des peaux de bête ou contre le sein de leur mère, bercés par des voix mêlées aux vents contraires.

Série Maison, encore

Ici, « les saints de glace » sont passés, le printemps s’installe mais dans l’atelier souffle encore le souvenir vivace des tempêtes de neige, le désir d’enfouissement que tout ce blanc a suscité en moi . Dans cette nouvelle plaque, seule l’aquatinte rythme la plaque et traduit ce monde enseveli où une petite maison demeure….

Une maison face à l’atelier de La Main Gauche, côté cour, à Toulouse…et le 1er état d’une nouvelle maison enfouie.

Série Maison pour International Print Exchange 2019 (IPE)

Je vais participer à l’expo-échange IPE avec une de mes estampes de la Série Maison et une  édition de 10 tirages numérotés.Avec mes copains-copines de l’Atelier e La Main Gauche, nous sommes une petite quinzaine à participer à ce projet. Plus d’infos ici:http://www.internationalprintexchange.org/

Tirage d’essai: eau-forte, aquatinte et pointe sèche monotypée

Série Maisons, suite

Dans cette série, beaucoup de maisons sont inspirées de mes souvenirs ou de mes rêveries autour du Québec.

Le côté « refuge » y est accentué par la morsure du froid et de la glace.

Dehors, tout est blanc, gris, couleur de gel, mais on imagine les flammes dans le foyer. Toujours, une bouilloire est posée sur le poêle, de l’eau frémit dans l’attente du voyageur de passage.

Série Maisons

Sorties de l’hiver, encore blotties dans la neige, abris, cabanes, refuges…mes petites maisons sont autant de lieux sûrs.

Elles jaillissent de la lisse et dure surface cuivrée que l’acide, la pointe et le burin attaquent.

Elles sont là, immobiles et intemporelles. Elles résistent à toutes les tempêtes, aux intempéries de la vie. En leur centre brûle un feu. Bientôt de la buée couvre les vitres et on entend des bruits sourds d’assiettes, de bouilloire, et l’éclat plus clair des rires et des conversations.