Jour 11 : le livre le plus ancré dans l’actualité

Avec « La maison dans laquelle » est un roman de Mariam Petrosyan paru en 2009 Traduit du russe, il est paru en 2016 puis cette année aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Malgré sa parution déjà ancienne, ce livre résonne étrangement avec l’actualité de l’année, ne serait-ce que par son titre. Cette année, nous avons tous une histoire à raconter qui commencerait par « La maison dans laquelle… ».

Que vous ayez été confinés dans une maison, dans un studio, dans votre chambre, ce titre évoque nos 4 murs. La jaquette, magnifique, avec son motif labyrinthique, décrit assez bien les méandres de cette année, les interrogations sans fin, l’incertitude à perte de vue.

Le colophon quant à lui nous invite à dépasser les limites de la maison et à nous rapprocher de l’époque où ces « grands animaux » régnaient tout puissants. Il nous ramène à notre condition de fragiles humains réduits à la merci d’un virus.

Et l’histoire, me direz-vous? Et bien l’histoire, si elle évoque une vie confinée dans une bien étrange maison, nous permet surtout de nous en échapper. Entrer dans cette maison, c’est, nous dit-on, accepter de perdre ses repères, son nom, et sa vie d’avant. Cette maison abrite tout un peuple de jeunes gens amochés par la vie qui cherchent à avoir un surnom. Coupés du dehors, ils recomposent un monde à eux dans lequel ils se cherchent, se battent, s’allient. La préface écrite par Tristan Garcia donne le ton :

« Il y a des livres-maisons.

On ne les lit qu’à la condition de les habiter. (…)

Vous qui entrez ici, n’abandonnez pas tout espoir, mais laissez la réalité à la porte. « 

Jour 12 : le livre le plus dépaysant

#monaventlittéraire2020 : on est à mi-chemin!

J’ai eu un peu de mal à sélectionner le livre pour le défi d’hier car j’ai choisi beaucoup des livres cette année justement pour leur pouvoir de dépaysement comme en témoigne ma rubrique Ma petite bibliothèque boréale, 1ère partie.

La pandémie nous a privé de la possibilité de changer physiquement de pays, le dépaysement est devenu « déplacement » autorisé avec « dérogation ». Raison de plus pour voyager par les livres !

Aujourd’hui je vous présente brièvement « Charlotte Perriand, une architecte française au Japon ». Ce roman graphique nous fait voyager dans le temps et l’espace. Il nous raconte les deux années que Charlotte P. a passé à l’autre bout du monde entre 1940 et 1942. A cette époque, il fallait 2 mois et 6 jours pour gagner le Japon à bord du Hakusan Maru !

Pendant la longue traversée, entre Lisbonne, Gibraltar, Le Cap et Kobé, Charlotte P. s’ imprègne déjà en lisant « Le Livre du Thé » d’Okakaura Kakuzo…

Les dessins et aquarelles de Charles Berberian nous transportent dans un Japon encore intact, peu ouvert sur l’occident et empreint de traditions ancestrales. Les planches alternent dialogues, paysages des montagnes et jardins japonais, avec des esquisses des meubles imaginés par Perriand au contact des artisans locaux. C’est ainsi par exemple que lui viendra l’idée d’utiliser le bambou pour marier les usages européens avec les techniques japonaises.

Après une longue ellipse, le lecteur est transporté à Paris en 1993 où Charlotte P. exposera sa maison de thé dans les jardins de l’Unesco. Celle-ci est entourée de bambous qui forment comme un nid autour d’elle et les dessins reproduisent à merveille l’ambiance de la cérémonie du thé qui s’y déroule.

Charlotte Perriand est décédée à Paris en 1999. L’album se prolonge avec un carnet qui comprend l’ entretien de l’auteur avec Pernette Perriand, la fille de Charlotte. J’aime beaucoup la dernière planche qui respire la sérénité et nous transporte une ultime fois au Japon…

Jour 10 : le livre qui m’a mis des étoiles dans les yeux…

Défi littéraire « monaventlittéraire2020 », Jour 10.

The Outrun– traduit en France par « L ‘Ecart »– est sans conteste le livre qui m’a le plus éblouie cette année. Il brille d’un éclat sombre et sauvage à la fois : sombre car c’est au début le récit d’une chute insidieuse dans l’alcoolisme. Sauvage comme la nature des îles Orcades, terres natales de la narratrice et lieu du retour à soi, à l’abstinence.

J’ai lu ce livre pendant le 1er confinement : nous étions tous sidérés, et ma famille et moi étions partis vivre aux confins de l’Ariège. Il nous arrivait plus souvent que d’habitude de « se faire un petit apéro  » pour oublier notre isolement, alors les pages sur comment on devient alcoolique sans s’en rendre compte m’ont sûrement servi de garde-fou.

Mais plus sûrement encore, ce sont les passages sur la nature et ces îles boréales qui m’ont enchantée et aidée à tenir le coup : il suffisait d’ouvrir le livre pour se trouver transporté bien au nord de l’Ecosse, plus loin que je ne suis encore jamais allée mais où je rêve de voyager un jour.

Le chapitre 12 est consacré aux « Iles abandonnées » et je me suis vraiment identifiée avec la narratrice quand elle décrit les livres qu’elle aime sur les îles car il se trouve que nous aimons les mêmes : j’avais rapporté de mon dernier séjour en Ecosse celui de Hamish Haswell Smith « Scottish Islands ». Je me suis alors souvenue de cette petite boutique de souvenirs sans grand intérêt à Luss, au bord du Loch Lomond où j’ étais tombée sur ce livre magnifique complètement par hasard.

Un extrait de ce chapitre (avec ma traduction approchante)

« …les îles abandonnées sont d’une certaine façon imaginaire : elles sont si peu visitées qu’elles existent plus dans les livres, les histoires et les souvenirs que dans la vraie vie où elles ne sont souvent qu’un vague point sur la mer. »

Et pour finir , le tout début du chapitre 10 que j’aime beaucoup aussi , en anglais cette fois car c’est tellement plus beau dans la langue originale !

« The sky gets bigger as the train travels further north. The temperature changes in inverse correlation, and for each leg of the journey – London, Edinburgh, Aberdeen, Orkney- I put another layer of clothing »

Pour continuer le voyage, je ne saurai trop vous recommander de lire le livre, mais aussi le beau billet écrit sur le blog littéraire « Books, moods and more » que je viens de découvrir : https://booksmoodsandmore.com/2018/09/09/lecart/#more-4921 ou encore l’article sur la rencontre avec l’autrice Amy Liptrot : https://booksmoodsandmore.com/2018/06/13/rencontres-amy-liptrot/

Jour 7 : « La plus belle couverture de l’année »

A l’initiative de Nicole GRUNDLIGER et son blog MOTS POUR MOTS, je vais tenter de prendre le train en route et de participer au défi  » #monaventlitteraire2020« .

Lundi 7 décembre 2020: « Quel est le livre qui a la plus belle couverture ? « 

Voilà qui m’oblige à passer en revue les livres de cette année si particulière où comme beaucoup, j’ai été tantôt privée de livres, tantôt saisie d’une véritable boulimie d’achat avant et après chaque déconfinement.

Dans cette frénésie, la couverture a pu jouer un rôle encore plus marqué que de coutume. Vitrine sur d’autres mondes, promesse de voyage, grande évasion, rêverie, premières retrouvailles avec la peau du papier dont nos vies distancielles et distancées de tout avaient été privées.

La couverture de l’album Les Vermeilles de Camille Jourdy avait tout pour me plaire et me faire voyager loin, dans le monde de l’enfance: tendre comme un bonbon à la guimauve mais pas mièvre, titre énigmatique, forêt de contes en arrière-plan, maison d’édition fétiche, belle épaisseur en main, comme qui dirait longue en bouche : c’est elle qui me fallait pour affronter un printemps entre les murs.

Pour aller plus loin que la couverture et découvrir les personnages de ce roman graphique, je vous invite à lire le beau billet sur le blog de Folavrilivres ici:https://folavrilivres.wordpress.com/2020/01/16/camille-jourdy-les-vermeilles/ qui en parle si bien!

Des cartes gravées pour la St Nicolas !

Bouh il fait si gris en ce 6 décembre et je pense à mes amis dans le nord privés cette année de marchés de Noël, de vin chaud et de gâteaux à la cannelle partagés entre amis. Dans le « sud » à Toulouse, ce n’est pas mieux, encore dix jours à attendre avant de retourner à l’atelier, alors, place à la couleur !

J’ai ressorti de mes tiroirs une série de cartes avec linogravures. On y retouve certains de mes motifs préférés: gingko, chats et loups. Elles sont toutes uniques, différentes.

Si comme moi vous envoyez encore vos voeux à vos amis, elles pourront voyager sous enveloppe pour arriver à bon port. Vous pouvez aussi les encadrer, les offrir.

J’ai essayé de les photographier avec leur prix (entre 4 et 10€ + 1€ de frais d’envoi) mais certains prix peuvent avoir été rognés alors n’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions ou souhaiter en réserver.

Ces cartes font partie de mon « Vidatelier de l’Avent »( billet ici: Vidatelier de l’Avent, 11e édition en vue !) et donc je reverse aussi 10% de leur valeur aux Restos du Coeur.

Vidatelier de l’Avent, 11e édition en vue !

J-6 ! REJOIGNEZ MON VIDATELIER SOLIDAIRE !

Novembre…premiers frimas, premières brumes, jours qui raccourcissent, voici mon remède à la mélancolie: vous préparer une belle 11ème édition pour mon Vidatelier de l’Avent qui aura lieu cette année à partir du vendredi 27 novembre en même temps que la 36e campagne des Restos du Coeur à laquelle je vous invite à participer avec moi :

Le Vidatelier de l’Avent , comment ça marche ?

  • je mets en ligne sur Facebook un album photo avec les gravures, cyanos et cartes de voeux gravées, vous faites votre choix au chaud, loin des « Black Fridays » et autres vilénies, et je vous envoie l’oeuvre avant Noël.
  • prix atelier (tout doux)
  • oeuvres signées et pour la plupart non encadrées pour faciliter l’envoi
  • pour chaque oeuvre achetée, vous faites un don aux Restos du Coeur : je reverse 10% à l’association pour sa campagne d’hiver. L’an dernier, grâce à vous, le don total s’est élevé à 80€. Cette année plus encore, les besoins en repas sont énormes: le nombre de personnes inscrites aux Restos du Coeur ne cesse d’augmenter …

Cette année donc, j’espère faire mieux, avec votre concours! Pas besoin d’être « inscrit » sur FB , l’album pour consulter les gravures sera public.

Vous pouvez suivre les préparatifs sur ma page Facebook ici : https://www.facebook.com/murielbo

Si vous souhaitez recevoir une invitation via fb ou par mail, n’hésitez pas à m’écrire ici ou à : murielbopress@gmail.com

D’avance merci, je retourne aux préparatifs (J-6!)

11ème Vidatelier de l’Avent

Novembre…premiers frimas, premières brumes, jours qui raccourcissent, voici mon remède à la mélancolie: vous préparer une belle 11ème édition pour mon Vidatelier de l’Avent qui aura lieu cette année du vendredi 27 novembre au vendredi 11 décembre 2020 .

Et oui, déjà la onzième, et la 1ère en mode « confiné »… Plus que jamais, je vous espère vent debout contre les  » Black Friday » et autres vilenies qui mettent à mal artistes et créateurs privés d’expos, de salons, de marchés de Noël…

Le Vidatelier de l’Avent , comment ça marche ?

  • je mets en ligne sur Facebook un album photo avec les gravures, cyanos et cartes de voeux gravées que je vous propose et que je vous envoie avant Noël.
  • prix atelier (tout doux)
  • oeuvres signées et pour la plupart non encadrées pour faciliter l’envoi
  • pour chaque oeuvre achetée, vous faites un don aux Restos du Coeur : je reverse 10% à l’association pour sa campagne d’hiver. L’an dernier, grâce à vous, le don total s’est élevé à 80€. Cette année plus encore, les besoins en repas sont énormes: le nombre de personnes inscrites aux Restos du Coeur ne cesse d’augmenter …

Cette année donc, j’espère faire mieux, avec votre concours! Pas besoin d’être « inscrit » sur FB , l’album pour consulter les gravures sera public.

Vous pouvez suivre les préparatifs sur ma page Facebook ici : https://www.facebook.com/murielbo

Si vous souhaitez recevoir une invitation via fb ou par mail, n’hésitez pas à m’écrire ici ou à : murielbopress@gmail.com

D’avance merci, je retourne aux préparatifs (J-6!)

Avec ou sans encre ?

Pendant ces vacances j’ai pris le temps de comparer différentes imprimantes de poche qui utilisent la technologie « Zink « , c’est à dire « zero ink« . Ce petit instrument me faisait de l’oeil depuis le début de l’année 2020, mais une mini imprimante, pourquoi faire? Et bien pour explorer d’autres pistes d’impression, continuer à mêler photo, gravure , sérigraphie et fabriquer de toutes petites cartes postales pour la correspondance que j’entretiens avec quelques amies artistes.

Pour les curieux, voilà comment marche la technologie « zink »:

« Tout ce passe dans le papier. Le papier d’apparence blanche avant l’impression contient tout ce qu’il faut pour se passer d’une cartouche d’encre. Le papier inventé par Zink contient tout l’encre à l’intérieur sous la forme de cristaux de couleurs répartie sur des couches différentes.

Les 3 couches intermédiaires de cristaux, incolores avant l’impression, sont activés par la tête thermique contenue dans l’appareil photo ou l’imprimante. Ceux-ci ne se colorent que lorsqu’ils sont exposés à la source de chaleur envoyée par la tête de l’imprimante. La chaleur provoque une réaction chimique qui fait fondre les cristaux et c’est le mélange de chaque couche qui donne les couleurs nécessaires pour créer la photo la plus fidèle possible.

Lorsque la tête d’impression passe sur le papier, différentes intensités de chaleur sont appliquées, ce qui donne une variété de couleurs. Ces différentes couleurs sont possibles parce que chaque couche répond à sa propre plage de température. » https://printyourlife.fr/papier-zink/

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que la technologie a été initiée par Polaroid: je suis une grande nostalgique de mes « Pola » et le plaisir d’imprimer instantanément des photos est resté très vif en moi . Et puis je trouve fascinant que ça fonctionne sans encre, moi qui passe mon temps à utiliser de l’encre par ailleurs, que ce soit dans l’écriture ou l’impression de gravures et de sérigraphies.

Pour finir, une photo de l’imprimante et de mes trois premières impressions :

L’imprimante (11,8 x 8,2 ) et les tirages (5 x 7,6)

Femme maison, contes et art brut

Le temps est de nouveau au repli chez soi, sur soi, depuis le couvre-feu ces dix derniers jours. Les expositions sont annulées les unes après les autres alors autant mettre à profit cette « vacance » pour reprendre des recherches.

Sans le vouloir vraiment, mes pas m’ont ramenée du côté des maisons La maison de mes rêves… , de Louise Bourgeois sur laquelle j’ai déjà écrit un petit texte : B comme Bourgeois, Baudelaire et Bièvre… ou des contes que j’ai illustrés à mes débuts en gravure.

En fait je ne savais pas que la Maison avait été au coeur de l’oeuvre de Louise B: je l’ai découvert en écoutant un reportage qui évoquait l’exposition Women House à La Monnaie de Paris en 2018. Ce reportage m’a conduite sur le site du MOMA qui montre des dizaines de dessins de l’artiste, à la lecture d’ un bel essai dont je mets le lien ici :https://www.moma.org/s/lb/louise_bourgeois/lb_essay_2017.pdf et enfin à une série sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/series/louise-bourgeois

Hier soir j’écoutais distraitement l’émission Barbatruc sur Inter en essayant une recette de soupe à l’échalote (je vous dis tout). Les invités devisaient sur les contes de Perrault et notamment sur Barbe Bleue que je ne connaissais pas plus que ça. En fin d’émission, Dorothée Barba évoque un livre dont le titre me parle immédiatement : Les contes de Perrault illustrés par l’art brut. Quelques clics plus tard, j’ai découvert la perle rare (et chère)…

Pour vous donner un aperçu des illustrations superbes qui émaillent ce beau livre, je partage ici cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=YWRjrEYFAAA

Voilà de quoi nourrir mes rêveries et peut-être me donner à nouveau envie de dessiner et graver à partir de ces contes. Et hop, un très beau livre sur le sapin, je commence ma liste (et si elle s’arrête là je serai comblée)

Au cimetière sans GPS…

C’est la saison des chrysanthèmes . Faisons d’une pierre deux coups, déclarais-je hier en gloussant: visite à une bonne amie, suivie d’un passage sur la pierre tombale de mes aïeux.

Comme à chaque fois dans les cimetières, je suis frappée d’amnésie et incapable de retrouver la tombe que je cherche. J’y pense les jours qui précède, j’essaie de refaire mentalement le trajet de l’entrée à la tombe, et souvent j’y parviens. Rassurée d’avoir ainsi préparé  » l’itinéraire », le jour J, je me dirige vers la porte en confiance. Souvent je suis seule. Cette fois, ma fille m’accompagne. Elle a l’âge aujourd’hui que j’avais quand mes grands-parents sont morts. Chacune flanquée d’une grosse potée de fleurs, nous avançons vers la rangée que je pense être la bonne. Quelque chose dans la configuration des lieux a changé et me trouble. La dernière rangée est laissée à l’abandon, des tombes délabrées, en ruine : non, ça ne peut pas être là!

Demi-tour, retour vers l’entrée, passage en revue des 2 allées adjacentes. Le trouble grandit : je superpose la lecture de la carte de mon GPS (Grave Perte de Synapses) munie de quelques repères bien flous – la porte, l’allée, le mur, une tombe à peu près dans l’angle de ce mur – et ma vision réelle des lieux : vision de myope de plus en plus mal à l’aise à l’idée de ne pas retrouver la tombe.

Nous faisons une halte au hasard sur une tombe, histoire de réfléchir. Et si j’appelais maman? Peut-être saurait-elle à distance me guider vers la tombe de ses parents? Je compose le numéro, penaude. Je sais que cet appel va nous mettre elle et moi dans l’embarras. Elle m’aidera probablement pas à me repérer sans être sur place, ou je n’arriverai pas à comprendre et suivre ses instructions. Une sonnerie, deux , trois: messagerie. L’angoisse fait place au malaise. Cette messagerie me plonge brusquement dans l’idée qu’un jour elle aussi sera aux abonnés absents et qu’alors, personne, plus personne ne me guidera. Je me mets à penser à ce mythe grec qui met en scène Orphée, Hadès, Cerbère, Perséphone et Eurydice mais ma mémoire se brouille et je ne sais plus qui est qui dans cette histoire.

Bref, ça se complique, et ce n’est pas en digressant qu’on retrouve son chemin. Je range mon téléphone et tente de reprendre la situation en main car je vois bien que ma fille a perçu mon angoisse et commence à être mal à l’aise elle aussi.

« Je vais demander à la dame là-bas qui s’occupe de l’entretien du cimetière ». Nous l’avons croisé en entrant et avions échangé un sourire. Le sien était franc et plein de gentillesse. Le mien était confiant, léger: je croyais encore savoir où j’allais.

Elle me demande le nom de famille, m’avoue son ignorance car elle ne travaille ici que depuis trois ans. Une dame âgée me questionne, me fait répéter le nom. Une lumière s’allume dans son regard, je me dis qu’elle connaît cette tombe. Non, elle se souvient de cette famille, ils avaient une boutique de graines et de fleurs dans le village, non? J’hésite, euh oui, maintenant que vous le dites. C’était de lointains cousins. En attendant, je me sens de plus en plus empotée avec ma gerbe dans les bras. L’autre dame sort une carte maîtresse: il y a un plan des lieux sur le mur de l’église. Ragaillardies nous la suivons mais l’espoir est de courte durée: le plan ne comporte que des numéros et pas de noms, bien-sûr.

Je lui dis alors que je suis un peu perdue car il me semble que la configuration a changé: les tombes anciennes sont à l’abandon, une nouvelle partie a été ajoutée. Et oui, la famille des morts d’ici s’est agrandie, il a fallu pousser les murs et bouger les morts. Ce bavardage pourtant me conforte dans l’idée que je cherche dans la bonne zone. Elle me confirme que je suis bien dans la partie ancienne et je repars avec mes petits repères: la porte, le mur, l’angle. Et si c’était plutôt cette porte-là à côté de l’église? Oui, ça doit être ça. Dernière question: est-ce qu’il y a quand même une allée derrière l’allée principale car je crois me souvenir… « Une allée, oui, enfin, comme ci, comme ça, il faut parfois un peu contourner des tombes , ce n’est pas en ligne droite ».

Nous remontons donc , nom après nom, cette non -allée et après une dizaine de tombes je m’écrie : « Je les ai trouvés ! » La dame m’adresse encore un sourire plein de bonté et répond  » Je suis contente pour vous.  » Mon cri résonne bizarrement, ma voix était aiguë, singulièrement jeune et joyeuse, une voix d’enfant qui aurait retrouvé sa poupée préférée.

De fait, aucune tristesse ne me saisit devant leur tombe. Juste un peu d’étonnement à la vue des dates gravées. Quoi, déjà ? 35 ans ! Les prénoms aussi surprennent ma fille : elle porte celui de ma grand-mère, et mon grand-père maternel a le même que celui de son grand-père paternel. Quant à moi, je reconnais mon deuxième prénom dans celui de cet oncle mort 3 ans avant ma naissance.

Avant de partir, je fais la mise à jour de mon « GPS « et rajoute quelques coordonnées visuelles plus précises, pour la prochaine fois. Donc, la tombe est bien contre le mur d’enceinte. A sa gauche, dans la rue, un poteau d’éclairage. Et au loin, en droite ligne, la façade du restaurant « Les Minotiers ». Ma fille a le mot de la fin:  » ça ne m’étonne pas qu’il soient face au resto, on a toujours été des bons vivants « . Je trouve la formule délicieuse pour parler d’aïeux morts depuis si longtemps qu’elle ne les a pas connus.

Un pot pour chacun de chaque côté de la pierre, et nous voilà parties, le pas rapide et léger. Déjà, quand nous croisons à nouveau la dame à la sortie, nous avons repris nos voix et nos esprits, et nous parlons de l’humour noir en bons vivants que nous sommes. Mais la dame n’est pas dupe et entend encore ma petite voix qui résonne dans les lieux:  » Je les ai retrouvés !