Sorties de l’hiver, encore blotties dans la neige, abris, cabanes, refuges…mes petites maisons sont autant de lieux sûrs.
Elles jaillissent de la lisse et dure surface cuivrée que l’acide, la pointe et le burin attaquent.
Elles sont là, immobiles et intemporelles. Elles résistent à toutes les tempêtes, aux intempéries de la vie. En leur centre brûle un feu. Bientôt de la buée couvre les vitres et on entend des bruits sourds d’assiettes, de bouilloire, et l’éclat plus clair des rires et des conversations.
J-9…Je me suis amusée à imaginer des paysages et villages à quelques jours de notre départ… Eau-forte prise dans la glace, reflet des nombreuses vidéos ou photos que j’ai regardées ces derniers jours.
(A comparer avec celles que je ferai à mon retour…)
Voilà donc venu avec la nouvelle année mon nouveau thème de recherche.
Il s’est imposé tout seul, comme un point fixe au coeur de la tourmente.
Nous traversons tous des zones de turbulence, et alors qu’il est bon de se souvenir de la maison natale, de la maison d’enfance, de vacances. Une mason, n’importe laquelle, qui a su abriter nos peurs et nos espoirs.
C’est aussi peut-être la maison de nos rêves ou elle de tous les jours,si familière que nous ne la voyons plus. Elle fait partie du décor.
La maison des contes de fée, bicoque, chateau, peu importe.
Depuis 2019, la maison est le thème central de mes gravures. Thème prémonitoire s’il en est ! Quand il s’est imposé à moi, il répondait au besoin profond, de recréer un nid protecteur pour les miens. A l’occasion d’un voyage d’hiver au Québec, j’ai fait une première série de gravures, « Home, suite Home » , inspirées par les maisons du Grand Nord.
Cette année, je continue à explorer le thème dans sa dimension symbolique.
Avec le confinement,la maison a pris pour nous tous une importance majeure. Ses murs sont devenus le lieu unique de nos jours : retour à la case prison pour certains, pour d’autres, l’heure de renouer avec la maison-cocon.
J’ai recueilli textes et gravures dans un livre “Ma maison de papier” à paraître ce mois-ci. (Si vous êtes intéressé, vous pouvez me contacter sur ce blog.)
Je profite à fond des derniers rayons du soleil pour poursuivre mes expérimentations autour du cyanotype. #projets #dossiers #préparations des expos 2019
Hier je devais faire mes derniers essais de cyanotype avant de fermer mon atelier à la montagne. Mais ce matin, le ciel était si bleu après cette nuit de presque-pleine-lune que je n’ai pas pu me résoudre à tout ranger. Avec cette énergie que donne l’urgence, j’ai déployé mes trésors de papier déjà badigeonnés de solution, et hop, quelques négatifs du Québec, quelques végétaux d’Ariège, et en avant la chimie!
J’ai laissé faire le soleil, si franc, si généreux pour une deuxième moitié d’août. D’habitude le 15 août ici ressemble à la ligne de partage des eaux entre l’été et l’automne. Brusquement, le temps se gâte, les orages se multiplient, et très vite on refait des feux dans la cheminée. Heures de grâce, l’été joue les prolongations, on fermera les valises et les malles plus tard… et ainsi sont sorties les dernières impressions.
Encore un mois d’été et de belle lumière pour expérimenter la technique du cyanotype. Ca tombe bien, dans le tout dernier vide-grenier où je suis allée dans l’Aude, je suis tombée par « hasard » sur de vieilles plaques photographiques du début du siècle dernier. Il ne m’en fallait pas plus pour relancer mes expérimentations. Quelle émotion de faire resurgir du passé ces corps et visages d’enfants, petites filles endimanchées, intimidées devant cette invention encore naissante à l’époque.
Les impressions sont un peu fantomatiques, on ne distingue pas bien les traits des visages, ni les motifs des robes… J’ai un faible pour le petit personnage en costume marin et coupe de cheveux au carré: garçon ou fille? Peu importe, le voilà très présent, propulsé à la vitesse de la lumière de son décor début XXème à mon image de profil sur Facebook. Le petit bonhomme ne m’en voudra pas de ce voyage clandestin, de ce bond technologique entre les premières photos et celles, numériques, surabondantes des réseaux sociaux. J’ai pour viatique la technique du cyanotype qui fait si bien le lien entre les époques. La magie du bleu, sans doute.
Et puis il y a ces deux grandes feuilles de papier Fabriano que j’avais badigeonnées de solution le mois dernier. Bien sèches, à l’abri de la lumière d’août, elles attendaient sagement leur heure. Alors ce matin, un jour avant de fermer l’atelier des cimes, alors que l’été et le soleil redoublaient d’éclat, elles ont fait enfin leur sortie, avec une débauche de fleurs séchées, de branches, de graines… bref le grand jeu en prévision des expositions d’automne.
C’est encore avec le procédé du cyanotype et sa belle étYmologie grecque que j’ai choisi d’illustrer doublement la lettre Y de notre alphabet.
Des premiers essais infructueux -erreurs de dosage, d’eXposition, manque de soleil-m’ont conduite à recYcler les cyanotypes. J’ai commencé à les utiliser comme papier d’impression pour mes eaux-fortes. Le mariage du blanc du papier , du bleu variable et de l’encre noire ou du gris de PaYne m’a ouvert de nouveaux horizons.
Je vous donne à voir ici ces premiers essais de technique mixte qui seront suivis de nombreux autres, maintenant que me voilà enfin revenue dans les PYrénées, dans mon atelier des cimes plus près du bleu profond, sans nuage, qu’on ne trouve qu’en montagne.