Q comme Qu’est-ce Que le burin?

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Detail view from Lucas van Leyden Engraves a Feather, burin engraving, ©2011

A 3 jours de mon  stage de découverte à la Main Gauche, cette question me trotte évidemment dans la tête. J’ai déjà les doigts qui fourmillent à l’idée d’avoir un nouvel outil entre les mains. J’adore la sensation que cela procure, me sentir aussi gauche qu’une « poule qui a trouvé un couteau ». Vous vous souvenez de ces sensations les premières fois où vous avez découpé du papier aux ciseaux, en tirant un peu la langue? Bref, je vis ces quelques jours d’avant le stage avec une certaine  impatience,  vestige de cette part d’enfance qui n’est jamais très loin. Et vous, savez-vous ce qu’est le burin?

J’ai fait quelques recherches pour calmer un peu le feu et mettre quelques mots et quelques images sur cette technique mystérieuse. Et je n’ai pas été déçue!

Dans un texte de Louis-René Berge, j’ai trouvé exactement de quoi aiguiser encore l’envie que j’ai d’essayer le burin. Mais mon attirance pour le burin se passe aussi de mots et c’est d’abord le geste et sa précision qui me parlent. Une petite illustration (parmi plein d’autres que j’ai vues sur la toile) avec cette vidéo de Nathalie Grall

Le burin et rien d’autre ?

(extraits)

Choisir le mode d’expression le mieux en rapport avec sa sensibilité, c’est accéder à une certaine qualité de vie.
La taille douce offre de nombreuses possibilités à travers deux grandes directions : celle où l’outil tranchant (burin, pointe, etc…) incise la plaque à graver, et celle où le creux est le résultat de la morsure d’un acide. L’emploi de l’une ou de l’autre ou même des deux à la fois est décidé par l’artiste en fonction de l’effet à produire.
La voie, que j’ai choisie passe par ce grand voyage de quelques centimètres carrés, nous le connaissons : c’est une tige de métal enfoncée dans un manche en bois dont le bec va sillonner le métal. Même si la main qui la conduit est experte, le voyage n’est certes pas sans risques ni surprises, et ne peut s’entreprendre que si un certain rêve intérieur subjugue celui qui s’y risque.
Le trait du burin est unique. Il se reconnaît (pour les amateurs éclairés) très facilement, l’explication est simple. Pour creuser le métal on pousse l’outil vers l’avant – « on monte » – alors que dans les autres procédés on fait généralement le contraire. Cette poussee engage tout le corps rendant le geste du buriniste très physique, et cette énergie dépensée donne au trait cette netteté et cette fermeté qui le caractérise.
L’outil m’a donc imposé sa discipline et les règles que je me suis données pour exprimer mes idées et mes sentiments, je les ai découvertes à l’intérieur des limites de son trait, qui pour être respecté conduit dans l’exécution de l’oeuvre au fini et à la rigueur.(…)
Ce travail développe patience et réflexion, l’une étant intimement liée à l’autre.
Cultiver un art où la lenteur est une donnée incontournable, n’est-ce pas un acte quasi révolutionnaire à une époque où tout est vitesse ? Je pense, pour ma part, que cet exercice constitue un art de vivre qui repose sur une morale dont les règles sont imposées par ce travail où le mental est très mêlé au manuel, ce dernier opposant un « ralenti » qui peut-être favorable à une réflexion créatrice.
 Louis-René Berge
Le texte intégral est paru dans « Les nouvelles de l’estampe » n° 139 – Mars 1995  

Je publierai un autre billet sur ce thème après le stage de ce week-end ( 5 & 6 mai)

Si vous avez déjà expérimenté le burin ,vos impressions ou vos commentaires seront les bienvenus sur mon blog. Merci.

G+H= Graver mon Herbier

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Dans ce petit journal alphabétique me voilà rendue d’un bond aux lettres G & H. Les deux sont pour moi comme indissociables  depuis plus d’un an. Je travaille par série, de façon un peu obsessionnelle disons-le. Et je n’arrive pas à me dépêtrer de la série « Herbier », ou « Botanique » où mes eaux-fortes et pointes sèches me ramènent toujours.

Il y a  sans doute dans ce retour incessant quelque chose de la nostalgie de ces heures oisives passées dans la campagne ariégeoise à herboriser ou à lire, un brin d’herbe à la bouche et une nuée de papillons autour de la tête. Oui, il y avait encore des prairies pleines de papillons…

Je suis fascinée par les gravures anciennes hollandaises qui restituent si bien ces tulipes, ces iris, ces pivoines  cueillis il y a plus de deux cents ans et dont on croirait encore sentir le parfum entêtant. Graver mon herbier a ainsi quelque chose aussi du frisson que procurent les memento mori et autres vanités.

Ce qui me trouble c’est le rapprochement qui s’opère entre la nature  éphémère et mortelle des plantes et la gravure qui immortalise ces effloraisons par la morsure du cuivre.  Graver comme une forme de conservation des corps végétaux, un « embaumement » dans les deux sens du terme.  Si cela vous parle, je vous conseille en passant la lecture de l’Embaumeur, d’Isabelle Duquesnoy. L’histoire d’un embaumeur après la Révolution. Mais attention, « Faut reconnaître… C’est du brutal ! », comme diraient les Tontons Flingueurs…âmes sensibles, s’abstenir…

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C comme corps (et non : porcs)

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C’est l’hiver. Même s’il est doux par chez nous, l’heure n’est pas venue où les corps se dévoilent. Mais partout pourtant une vérité est mise à nue qui raconte des histoires sordides de frottements dans les transports en commun, bien loin des transports amoureux chers à Roland Barthes.

A grand coup de « hache-tag »  mi-tout, mi-porc, c’est le grand déballage des violences-faites-aux-femmes, le supermarché de la surenchère de la chair féminine donnée en pâture aux animaux de la ferme.

Alors, sur une vieille plaque de cuivre qui a bien vécu, qui en a vu d’autres, j’ai eu envie de faire une  pointe-sèche, un bout de corps exposé pour le seul plaisir des yeux et pour parler de corps, et de séduction , d’érotisme sans arrière-pensée dans un monde où l’art nous sauverait des porcs.

Papier peint à la planche & estampes

Cet été j’ai exploré de nouvelles pistes et changé de dimension. A moi les essais d’estampes imprimées à la main sur  grand format. Le format Grand Aigle (75×106), ça vous change des petits tirages auxquels je me limitais jusqu’alors à cause de ma  presse Gary Thibeau, modèle « La Petite ».

J’ai donc patiemment encré mes herbes sauvages et autres graminées sur une grande et belle feuille Hanhemühle 350g, en humidifiant et en imprimant chaque zone une à une. Cette technique se rapproche un peu de de l’estampe japonaise,sans les matrices en bois. J’utilise d’ailleurs un baren, outil ancestral d’impression à la main. De par son thème, cette série reste  dans le prolongement de ma série Botanica, II dont je vous ai parlé précédemment.

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Mais cet été j’ai aussi visité le  Québec et j’ai rapporté un petit trésor: des clichés  des papiers peints anciens qui couvraient les murs des maisons  » de compagnie » (maisons des ouvriers et contremaîtres) du village « fantôme »de  Val Jalbert, au-dessus du Lac St Jean.

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J’ai toujours été fascinée par cette archéologie du quotidien, et en fouillant sur la toile, j’ ai trouvé  que je ne suis évidemment pas la seule. Si le sujet vous intéresse, lisez cet article.

Ce voyage m’a nourrie et a donné un nouveau tournant à mes recherches qui consistent à imprimer à la main  mes herbes folles sur les photos de  ces pans de murs décatis.  Ces photos sont imprimées sur papier dans de longs formats allongés ressemblant à  des lés de tapisserie que je pense exposer comme des kakemono, pour rester fidèle à cette esthétique japonaise que j’aime tant.

Dans un prochain article, je vous en dirai plus sur le papier dit « peint »  qui est en fait du papier imprimé, et sur le village de Val-Jalbert  haut lieu de l’industrie papetière au début siècle dernier au Québec. Tout se tient, tout se tisse et s’entrelace  comme les branches d’un même arbre.

A suivre …

6 juillet 2017: Eau, bois et papier chiffon


Retour de l’isle verte, avant de quitter le village nous faisons un arrêt chez une des rares fabricantes de papier chiffon du Quebec.

Après ces 24h à baigner dans les bois et l’eau du St Laurent, la transition s’impose tout naturellement.

Visite de la boutique-atelier, explication de la fabrication du papier chiffon, depuis les bouts de tissu à la feuille de papier avec inclusion de végétaux.

Je choisis une douzaine de feuilles pour la réalisation de mes prochains livres d’artiste: mental Work in progress…

Dernières estampes: vernis ou marqueur?

 

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Depuis un peu plus d’un mois j’ai expérimenté une nouvelle technique. Cela consiste à remplacer le vernis à recouvrir par du marqueur lors des aquatintes.

Au début, j’étais très enthousiaste: les marqueurs permettent des réserves très fines et précises, on peut varier la grosseur des traits, ça sèche instantanément.

Après un mois d’essai, je me dis que je vais garder la technique pour des usages plus ciblés et me remettre en septembre à l’eau-forte et au trait car le travail à la pointe me manque. J’avais envie de faire plusieurs gravures rapidement pour mes planches botaniques, et peu de temps pour préparer des plaques vernies avant la fermeture de l’atelier à Toulouse, ça tombait bien.

Voici quelques exemples de réalisation, toujours dans la série Botanica

 

Du rififi dans l’atelier

Un dimanche à l’atelier…
J-10 avant la prochaine expo… je m’attèle à la rénovation et au nettoyage des cadres que j’ai patiemment chinés ces derniers mois. C’est une autre de mes marottes: courir les vide-greniers, les brocanteurs pour dénicher de vieux cadres.

Beauté des choses abîmées par le temps: patine, vieil or…j’essaie de donner une seconde vie aux objets qui sont en route vers la poubelle, aux-presque-déchets qui sont pour moi des trésors en devenir, l’expression simple du wabi sabi dont je parlais dans un autre billet. Vinaigre blanc pour nettoyer les cadres, kraft gommé pour faire des dos tout propres, un vrai travail de patience qui me réjouit le coeur.

L’après-midi, découpage de plaques de cuivre pour les dernières eaux-fortes…avec l’aide de mon chéri qui m’a fait gagner un temps précieux.  Visite de SON atelier: scie à métaux et meuleuse électrique. Voilà  21 petites plaques coupées en 10 minutes  là où j’aurais trimé 2 heures en voulant les découper manuellement. Bon, c’est un peu de la triche mais il ne me restera plus qu’à les polir et à limer les bords jeudi, et, hop, aquatintes!

 

Botanica, II

Encore un aperçu de ma série Botanica, bientôt exposée avec mes bols zen à Artistes à Suivre dans l’Aude.

Des planches botaniques, des aquatintes rehaussées…la plupart du temps présentées dans des cadres anciens. Aujourd’hui dimanche, J-11 avant l’expo,  du rififi dans l’atelier…je vous en dis plus dans un prochain billet.18485911_10213188031159650_6446454663601785612_n