E comme estampe & écriture.


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Cette semaine, c’est un peu comme si Ruth , Madeleine et Yema s’étaient  donné rendez-vous sur un coin de cuivre et avaient croisé leurs destins comme on croise le fer, à coup de pointe sèche. Ce jeudi, un visage a surgi de ma plaque que je n’ai pas reconnu. Pas immédiatement.

Sans doute parce qu’il est plusieurs visages à la fois:le visage de Ruth  et de la terrible histoire de sa rencontre avec le Docteur Mengele?  C’est l’une des 4 soeurs du documentaire de Claude Lanzmann qui m’a beaucoup impressionné et que j’ai vu cette semaine sur Arte.  A voir ou à revoir pour ressentir ce que résilience veut dire…en suivant ce lien

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Ou était-ce le visage  de Yema, femme harki,  l’un des personnages du roman d’Alice Zeniter, L’art de perdre, que je suis en train de lire?

A moins que ce soit aussi un peu celui de Madeleine ? Car en parallèle du roman, je picore le web-documentaire« Madeleine Project »  de Clara Beaudoux d’abord présenté sur Twitter…

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D comme découverte: John Cage, 4’33 »

Après une soirée d’anniversaire  dans un bar dont je me suis enfuie presque en courant, je réfléchissais ce matin à mon intolérance au bruit, comme d’autres parleraient de leur intolérence au gluten. Pourquoi se réunir dans des ambiances sonores qui rendent toute conversation quasiment impossible, me demandais-je.

Et c’est ainsi que dans le silence retrouvé de mon bureau, de mon clavier, je suis tombée sur des textes, des images et des vidéos sur le compositeur John Cage.

A commencer par son morceau célèbre, que je ne connaissais pas,  intitulé 4’33 » dont vous pouvez voir une performance ici.

Quel bonheur d’entendre tous ces bruits qui peuplent le silence et de voir à l’oeuvre tous les possibles que les blancs et les silences laissent deviner. 

Découverte aussi pour moi que les réalisations graphiques du compositeur comme cette encre sur papier  par exemple: « Cleaning my Pen »d09f7bc6368e530b4a95a26cbce5e059

La toute puissance du blanc et des ombres se donnent à voir dans beaucoup de son oeuvre graphique. Ces notes/ dessins me parlent beaucoup aussi:

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Je finirai par cette belle citation où Cage lui-même définit son oeuvre:

« Elle s’ouvrira avec une idée simple que j’essayerai de rendre aussi séduisante que la couleur, la forme et le parfum d’une fleur. La fin s’approchera de l’imperceptibilité »4.

 

C comme corps (et non : porcs)

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C’est l’hiver. Même s’il est doux par chez nous, l’heure n’est pas venue où les corps se dévoilent. Mais partout pourtant une vérité est mise à nue qui raconte des histoires sordides de frottements dans les transports en commun, bien loin des transports amoureux chers à Roland Barthes.

A grand coup de « hache-tag »  mi-tout, mi-porc, c’est le grand déballage des violences-faites-aux-femmes, le supermarché de la surenchère de la chair féminine donnée en pâture aux animaux de la ferme.

Alors, sur une vieille plaque de cuivre qui a bien vécu, qui en a vu d’autres, j’ai eu envie de faire une  pointe-sèche, un bout de corps exposé pour le seul plaisir des yeux et pour parler de corps, et de séduction , d’érotisme sans arrière-pensée dans un monde où l’art nous sauverait des porcs.

B comme Bourgeois, Baudelaire et Bièvre…

 

alinfiniLibre comme l’air ce mois-ci je monterais à bord d’un Transatlantique avec une valise pleine de livres , quelques plaques  de cuivre et de chocolat et une pointe sèche.

Je débarquerais quelques semaines plus tard dans le port de New York et je filerais vers le MoMa. Là, je monterais au 3ème étage et ferais une orgie des dessins et gravures de Louise Bougeois qui sont exposés jusqu’au 28 janvier : « Louise Bourgeois, an Unfolding Portrait ».

En 1938, Louise a sans doute pris un paquebot pour aller s’installer à New York. Cette année, on célèbrera le centenaire de sa naissance. En 2018, presque plus besoin de bateau ni d’avion pour rejoindre le Queens et déambuler dans le MoMa. Le site du musée est très bien fait et permet d’avoir à la fois une idée des  installations mais aussi des commentaires audio avec scripts des oeuvres de Louise B. classées par thème ou par technique. Comme cette eau-forte appelée A Baudelaire dans laquelle est expliqué son attachement au thème  symbolique de la nature : fleurs, ceps de vigne, fruits mûrs.

On y apprend aussi que lors de ses retours en France, les rivières comme la Bièvre l’ont beaucoup inspirée. Comme en témoigne son Ode à La Bièvre. Le texte explique cet attachement : c’est la rivière de l’enfance, utile au fonctionnement de l’atelier familial de restoration de tapisserie ancienne… J’ai appris hier que Bièvre et Beaver ont la même étymologie: la rivière était jadis pleine de castors…un petit clin d’oeil à Simone de Beauvoir, Louise?

Si vous aimez Louise Bougeois, je vous recommande d’explorer ce site. Et si vous êtes riche, ou déjà sur place, foncez 11 W 53rd St, vous ne pouvez pas vous tromper, c’est juste derrière la Trump Tower !!!

D’autres idées d’expos pour 2018? N’hésitez pas à me laisser vos commentaires ou vos suggestions!

 

A comme Archipel et Abécédaire.

En 2018, en plus des articles sur les techniques de gravure ou sur mes expos, je me donne la contrainte oulipienne suivante: faire un article par jour (ou par semaine?) en suivant l’ordre de l’alphabet.

Aujourd’hui 6 janvier, ce sera donc A. A comme Archipel.

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J’aime ce mot au parfum de voyage hellénique. Définition:

« Un archipel est un ensemble d’îles relativement proches les unes des autres. La proximité se double le plus souvent d’une origine géologique commune, en général volcanique.

Cette notion est utilisée en géographie pour désigner un mode d’appropriation spécifique de l’espace entre des éléments isolés entretenant des liens importants et primordiaux.la notion d’« archipel » renvoie à une conception spécifique de l’espace que l’on constate dans ce type de lieu, qui permettent de constater qu’« un espace géographique n’est pas nécessairement continu » : les liens entretenus par ces îles en réseau en quelque sorte « par-dessus » l’espace marin qui les sépare, constituent un espace discontinu se caractérisant par sa cohésion. »

 

 

Meilleurs Vieux?

Le blanc est là, c’est une invitation. Très bientôt, la dernière page de l’ancienne année sera écrite. Déjà les regards se tournent vers la nouvelle, avec son lot de promesses pour certains, d’angoisse pour d’autres, et d’un peu des deux pour beaucoup.

Je sais, c’est désuet, mais j’aime occuper ces derniers jours de décembre à écrire des cartes de voeux à ceux qui ne sont pas adeptes d’internet, ou à mes vieux amis. C’est mieux parce qu’au clavier ou sur mon téléphone j’ai la fâcheuse tendance à écrire « Meilleurs vieux » ! Et si c’était vrai?! Plus vieux, plus sages… de mieux en mieux!

Aujourd’hui les marches qui conduisent à l’atelier ne parlent que d’hiver mais derrière les murs épais la presse a bien marché: un peu de lino, un peu de papier, une dernière feuille de gingko et le tour est joué. Voilà une petite série de cartes faites main, faites maison…

Puis ce sera l’expédition dans tous les sens du terme: l’expédition jusqu’à la poste d’Ax, si la route est déneigée. Puis l’expédition des cartes sous enveloppe, avec un timbre comme avant, quoi. Petits plaisirs de fin d’année, petites joies surannées d’imaginer  le sourire des amis qui ouvriront bientôt leur boîte à lettre.

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« Chaque après-midi, je chausse mes raquettes… »

Quand le livre des nuits rejoint le bonheur des jours… La neige est tombée en abondance et nous avons chaussé les raquettes pour aller redécouvrir les prés alentours, maintenant que le blanc a tout métamorphosé. Hier soir, je continuais la lecture du journal que Sylvain Tesson a rédigé entre février et juillet 2010.

2eme extrait de « Dans les forêts de Sibérie », que je partage avec vous avec grand plaisir.

« Chaque après-midi, je chausse mes raquettes. Une heure et demie de marche dans la forêt pour atteindre la lisière supérieure des arbres.

J’aime entrer dans le bois. Derrière l’orée, les sons s’atténuent. Lorsque je pénètre sous la voûte d’une cathédrale gothique, en France ou en Belgique, j’éprouve le même engourdissement. Une douceur dans l’être qui alourdit les paupières et diffuse sa tiédeur derrière l’os frontal. Quelque chose réagit en moi au rayonnement de la pierre calcaire comme au rayonnement des résineux. A présent, je préfère les futaies aux nefs de pierre.

Sous les arbres, neige profonde. Le vent ne la balaie jamais. Malgré les raquettes, je m’enfonce. Les lynx, les loups, les renards et les visons circulent dans la nuit. La tragédie sauvage se lit dans les empreintes. Certaines sont perlées de sang. Elles sont les paroles de la forêt. Les bêtes ne s’enfoncent pas. La surface de leurs pieds est proportionnée à leur poids. L’homme est trop lourd pour aller sur la neige. Parfois, le cri des geais, et sinon le silence. Ils le lancent, du sommet d’un sapin, sentinelles de plume sur une tour d’aiguille. Ils crient parce que je pénètre chez eux. Personne ne demande jamais aux bêtes la permission de traverser leur domaine.

Le lichen pend aux arbres. J’ai lu un conte, il y a longtemps, où l’auteur imaginait un dieu errant dans les sous-bois : son manteau s’accrochait aux branches des arbres et les lambeaux devenaient le lichen.

La tristesse des pins: ils ont l’air d’avoir froid. (…)Quelques mélèzes subsistent au-delà de la frontière forestière. Ils poussent isolés et leurs branches contournées se détachent sur le fond lapis du lac, étoilé de fractures. L’or des branches, le bleu du lac, le blanc des fractures de glace : palette d’Hokusai. »

 

 

Lecture de fin d’année

Je vous écris depuis mon repaire montagnard où nous avons passé Noël en famille. Après deux jours très agréables entre tables, fourneaux et jeux de société, les invités sont repartis et la neige est arrivée. L’heure est venue de profiter de l’isolement,  du feu qui crépite, avec un bon bouquin.

Evidemment l’envie est grande de commencer ceux que j’ai eus en cadeau pour les Fêtes, et dont je vous parlerai plus tard…quand je les aurai lus.

Mais pour l’heure, je savoure un livre d’ermite qui va si bien avec ces heures de repli loin de la ville . Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson.  Le récit d’un homme qui décide de vivre pendant six mois dans une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal, à cinq jours de marche du premier village.

Plonger dans ce livre c’est laisser le temps s’arrêter, tourner les pages au ralenti pour méditer sur des listes minimales d’objets ou encore   des listes de livres que le narrateur a emportés avec lui.

Il y a très peu de dialogues car il y a très peu de monde et de visites. Le temps s’étire, et si le relevé des températures fait froid dans le dos, les longues heures à regarder le paysage au travers de la fenêtre et à boire des litres de thé me font elles, rêver. Mentalement, je coche les livres que j’ai déjà lus, ceux qui ne me disent rien, ceux qui me font envie. Inconsciemment je mesure le temps qu’il me reste pour les lire. Mais qui sait jamais le temps qui lui reste?

Voici un court extrait de ce journal, à la date du 24 février:  » A Paris, je ne m’étais jamais trop penché sur mes états intérieurs. Je ne trouvais pas la vie faire pourtenir les relevés sismographiques de l’âme. Ici, dans le silence aveugle, j’ai le temps de percevoir les nuances de ma techtonique propre. Une question se pose à l’ermite : peut-on se supporter soi-même?

Le passionnant spectacle de ce qui se passe  par la fenêtre. Comment peut-on encore conserver la télé chez soi ? « 

Bols, et symboles

Je ne résiste pas à l’envie de poster ces vidéos dans lesquelles notre Troubad’Oz conte l’histoire de l’association. On y voit et entend Patrick Payre en pleine impro s’arrêter  un moment sur mes créations qui auront fait une escale de deux ans dans la boutique-galerie Oz’arts du Jour.

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Passez de bonnes fêtes de fin d’année,  profitez des vôtres et de la vie et prenez soin de vous.