Une frénésie de rose et de livres

Il y a deux choses que j’ai cherchées de façon compulsive depuis mon retour vers la ville, puisqu’il est encore prématuré de rechercher à retrouver ses amis.

La première, c’est des boutures, continuer à gratter et mélanger la terre, rempoter, agrandir ma famille de cactus et de succulentes. Fouiner dans le jardin et les recoins à la recherche de vieux pots, de contenants simples ou poétiques, parfois ébréchés, pour donner forme à cette envie de voir et de faire pousser. Me revoilà partie dans une phase très W comme Wabi sabi : les habitués de ce blog n’en seront pas surpris.

La seconde, c’est les livres. Alors que des commandes m’attendaient sagement ici, arrivées par la poste ou à récupérer à la librairie du coin, que je dois avoir à présent autant de livres à lire que de jours passés déconfinés, je ne peux m’empêcher d’être aux aguets. La moindre prescription littéraire qui me semble correspondre à une attente, je note, je gribouille sur un coin de table, et me voilà déjà en train d’appeler ma libraire pour lui commander un livre dont j’ai à peine entendu parler.

Sûrement cela a- t’il à à voir avec la frustration de ces dernières semaines où il m’a fallu « faire durer » les livres pour ne pas risquer d’être à court, en relire certains, et rêver aux suivants. En ce moment je suis prise d’un donjuanisme d’un nouveau genre: je veux collectionner les livres comme autant d’amants, je n’ai pas fini de porter mes yeux sur la dernière page de l’un que déjà je zieute le suivant, tout en regardant au loin un troisième qui me ferait de l’oeil ! Cette frénésie reste toute livresque, comme une libido-bibliotite aigüe, au grand dam de mon chéri qui a été bien inspiré de repartir illico dans ses montagnes pour me laisser assouvir cet appétit de livres qui ne lui laisse que peu de place !

Surtout que vous aurez noté que mon intérêt se porte ces jours-ci vers des livres empreints de nostalgie, imprégnés de culture japonaise, à mille lieues de la culture paysanne et pyrénéenne qui fut le théâtre de notre confinement et sur laquelle j’ai bien aimé écrire aussi, comme en témoignent mes billets dans la rubrique Ô confins…

Plaisanterie mise à part, j’avais aussi un grand besoin de me retrouver seule après toutes ses semaines closes sur le noyau familial le plus strict. Besoin de retrouver une certaine liberté de mouvement, de rythme. De penser par moi-même et dans le silence de mon intimité, que seuls les livres viendraient troubler.

Pour ceux que la littérature de l’ailleurs tenterait, j’ai aussi écrit plusieurs articles sur la littérature du Grand Nord qui est une autre de mes passions. A retrouver dans Ma petite bibliothèque boréale, 1ère partie. ( La 2eme partie est en gestation)

Et pour vous, comment se sont passés ces huit jours « libérés » ?

Dernier week-end entre les murs

8.V.2020

8 mai… 8ème week-end  » Restez chez vous ». L’heure de plier bagages approche et je me demande ce que je vais rapporter de ce séjour dans mes valises. Pas de surcharge de biens matériels: ici, en deux mois, je n’ai rien acheté hormis de la nourriture. Pourtant j’ai mille petites choses qui pourraient me suivre et m’accompagner dans mon retour en « ville »: le Terrier de Weasley -ce puzzle en 3D et 450 pièces ? Non, lui va rester ici en souvenir ; les bouquets de lilas et de pivoines ? Trop fragiles, déjà fanés… Les petits gâteaux, les pâtisseries qui ont égayés nos fins d’après-midi confinés? Déjà engloutis !

Alors quoi ? Rien à déclarer ? Voyons… si je me fais arrêter lors de mon trajet de retour, quelle sera la liste des petits trésors qui seront dans mon coffre ?

  • Une sélection de thés d’oolong reçus par la poste en plein confinement (merci Chloé de Saveurs & Harmonie)
  • Un grand sac en coton format raisin confectionné avec un drap ancien et un galon passementerie rouge cerise,
  • Deux livres : un lu, et un que j’ai écrit et fait imprimer début avril,
  • Du vin de lilas ( en macération… je le mettrai en bouteille juste avant mon départ),
  • Des tout petits pots de gelée de lilas à distribuer aux amis au retour,
  • des nouvelles recettes découvertes pendant cette période , comme celle des Digestives (sablés anglais) que je referai prochainement pour les partager avec mes amies
  • un moule à madeleines -commandé et reçu ici au milieu du confinement…c’était Noël à Pâques ! -qui ne va pas chômer dès la reprise de l’atelier de gravure,
  • des masques artisanaux pour les sorties après le 11/05…

Je me rends compte en dressant cette liste qu’il y a beaucoup plus de nourritures terrestres que spirituelles ! Cela reflète sans doute le besoin d’ancrage dans le réel, le concret, le goût de manger et de faire qui m’ont animés pendant ces deux mois ici.

Et puis, il y a tout ce qui ne saurait se réduire à une liste, ni se ranger dans une valise: le chant des oiseaux, l’air si pur en montagne le matin, les chemins partagés avec moutons et brebis, le silence, le temps savouré. J’ai parlé comme j’ai pu de tout cela et les billets sont rangés dans la rubrique « Ô confins » que je clôturerai vendredi 15 mai.

 » Garder une trace de tous les instants de notre vie,

de tous les objets qui nous ont côtoyés,

de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous,

voilà mon but . »

(Christian Boltanski)

A demain ou dimanche pour le 4 ème et dernier  » Chant des Confinés »…

Auto-portrait déconfinée