R comme Retour sur le burin, corps- à-corps avec le cuivre

 

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Comme promis voici mes notes et impressions sur l’initiation au burin que j’ai eu la joie de faire avec Maria Chillon le week-end dernier.

On fait souvent bien des mystères et des histoires autour de cette pratique. Comme dans la chanson  sur la peinture à l’eau on vous chante « la peinture à l’huile, c’est bien plus difficile « . Et c’est vrai que c’est dur, exigeant, et que nous avons passé la première demi-journée de stage à commencer à apprendre comment tenir l’outil.

Mais le burin reste avant tout une technique directe et simple, un corps-à-corps avec le cuivre qui change complètement le rapport à la gravure.  Il faut arriver à trouver un équilibre des forces qui part du coude, bien posé à plat sur la table, qui passe par le creux de la paume tandis que l’index se fait léger sur  le burin. J’ai eu l’impression que la main droite – quand on est droitier – est  un peu utilisée comme un rail, un guide, un conducteur au sens électrique du terme. Le plus ardu c’est de se défaire de l’envie d’exercer une pression avec l’index. Pour obtenir un joli trait de burin, c’est donc du coude et de la paume qu’il faut jouer!

 

Avec le burin, c’est tout le corps qui est engagé d’une façon subtile et mesurée. Le travail se joue aussi beaucoup avec la main gauche (clin d’oeil à notre atelier toulousain…) qui sert à faire avancer ou tourner le cuivre quand on veut faire des lignes courbes. Croyez-le si vous voulez, c’est au bras et à l’épaule gauches que j’avais mal au bout de ces deux jours de stage! Les doigts n’en sortent pas indemnes pour autant, surtout si comme moi vous commettez l’imprudence d’enlever les copeaux de cuivre avec…

Ce qui me conduit à un autre volet intéressant et pointu du stage: savoir aiguiser son burin.

La pointe s’use vite, se casse quand le geste est trop fort. Il faut donc apprendre à la réparer en utilisant une pierre ronde d’Arkansas. Pour ma part, je me suis concentrée sur l’affûtage de la tête du burin en  « carré ». Le but du jeu et de poser la partie carrée bien à plat sur la pierre et d’exercer une pression régulière, en tournant, pour obtenir une seule facette plane et rectiligne.

 

Image: Nicolas Sochos

 

Maria nous a conseillé de mouiller la pierre avec du pétrole, et non de l’huile. Renseignements pris, le pétrole a l’avantage de ne pas obstruer les pores de la pierre et de prolonger ainsi sa durée de vie et son efficacité.

Vous l’aurez compris, le côté sensuel et artisanal de la technique m’a vraiment séduite.Sans parler des moments de silence et de grâce que l’on vit au contact absolu avec la plaque, surtout quand, miracle, on arrive à faire un peu glisser son burin!

Eloge de l’effort et de la lenteur, tension et lâcher-prise, l’exercice du burin est une respiration du corps et de l’âme réunis.

Je finirai cet éloge en disant que  personnalité de Maria Chillon y est pour beaucoup. Son approche  à la fois technique et très libre, loin de l’image un peu rigide et glacée que j’avais du travail au burin, a fini d’effacer toutes mes craintes et mes a priori. Vous pouvez retrouver son travail sur internet et dans le n°6 de la revue Actuel qui lui était en partie consacré.

 

 

Q comme Qu’est-ce Que le burin?

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Detail view from Lucas van Leyden Engraves a Feather, burin engraving, ©2011

A 3 jours de mon  stage de découverte à la Main Gauche, cette question me trotte évidemment dans la tête. J’ai déjà les doigts qui fourmillent à l’idée d’avoir un nouvel outil entre les mains. J’adore la sensation que cela procure, me sentir aussi gauche qu’une « poule qui a trouvé un couteau ». Vous vous souvenez de ces sensations les premières fois où vous avez découpé du papier aux ciseaux, en tirant un peu la langue? Bref, je vis ces quelques jours d’avant le stage avec une certaine  impatience,  vestige de cette part d’enfance qui n’est jamais très loin. Et vous, savez-vous ce qu’est le burin?

J’ai fait quelques recherches pour calmer un peu le feu et mettre quelques mots et quelques images sur cette technique mystérieuse. Et je n’ai pas été déçue!

Dans un texte de Louis-René Berge, j’ai trouvé exactement de quoi aiguiser encore l’envie que j’ai d’essayer le burin. Mais mon attirance pour le burin se passe aussi de mots et c’est d’abord le geste et sa précision qui me parlent. Une petite illustration (parmi plein d’autres que j’ai vues sur la toile) avec cette vidéo de Nathalie Grall

Le burin et rien d’autre ?

(extraits)

Choisir le mode d’expression le mieux en rapport avec sa sensibilité, c’est accéder à une certaine qualité de vie.
La taille douce offre de nombreuses possibilités à travers deux grandes directions : celle où l’outil tranchant (burin, pointe, etc…) incise la plaque à graver, et celle où le creux est le résultat de la morsure d’un acide. L’emploi de l’une ou de l’autre ou même des deux à la fois est décidé par l’artiste en fonction de l’effet à produire.
La voie, que j’ai choisie passe par ce grand voyage de quelques centimètres carrés, nous le connaissons : c’est une tige de métal enfoncée dans un manche en bois dont le bec va sillonner le métal. Même si la main qui la conduit est experte, le voyage n’est certes pas sans risques ni surprises, et ne peut s’entreprendre que si un certain rêve intérieur subjugue celui qui s’y risque.
Le trait du burin est unique. Il se reconnaît (pour les amateurs éclairés) très facilement, l’explication est simple. Pour creuser le métal on pousse l’outil vers l’avant – « on monte » – alors que dans les autres procédés on fait généralement le contraire. Cette poussee engage tout le corps rendant le geste du buriniste très physique, et cette énergie dépensée donne au trait cette netteté et cette fermeté qui le caractérise.
L’outil m’a donc imposé sa discipline et les règles que je me suis données pour exprimer mes idées et mes sentiments, je les ai découvertes à l’intérieur des limites de son trait, qui pour être respecté conduit dans l’exécution de l’oeuvre au fini et à la rigueur.(…)
Ce travail développe patience et réflexion, l’une étant intimement liée à l’autre.
Cultiver un art où la lenteur est une donnée incontournable, n’est-ce pas un acte quasi révolutionnaire à une époque où tout est vitesse ? Je pense, pour ma part, que cet exercice constitue un art de vivre qui repose sur une morale dont les règles sont imposées par ce travail où le mental est très mêlé au manuel, ce dernier opposant un « ralenti » qui peut-être favorable à une réflexion créatrice.
 Louis-René Berge
Le texte intégral est paru dans « Les nouvelles de l’estampe » n° 139 – Mars 1995  

Je publierai un autre billet sur ce thème après le stage de ce week-end ( 5 & 6 mai)

Si vous avez déjà expérimenté le burin ,vos impressions ou vos commentaires seront les bienvenus sur mon blog. Merci.

G+H= Graver mon Herbier

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Dans ce petit journal alphabétique me voilà rendue d’un bond aux lettres G & H. Les deux sont pour moi comme indissociables  depuis plus d’un an. Je travaille par série, de façon un peu obsessionnelle disons-le. Et je n’arrive pas à me dépêtrer de la série « Herbier », ou « Botanique » où mes eaux-fortes et pointes sèches me ramènent toujours.

Il y a  sans doute dans ce retour incessant quelque chose de la nostalgie de ces heures oisives passées dans la campagne ariégeoise à herboriser ou à lire, un brin d’herbe à la bouche et une nuée de papillons autour de la tête. Oui, il y avait encore des prairies pleines de papillons…

Je suis fascinée par les gravures anciennes hollandaises qui restituent si bien ces tulipes, ces iris, ces pivoines  cueillis il y a plus de deux cents ans et dont on croirait encore sentir le parfum entêtant. Graver mon herbier a ainsi quelque chose aussi du frisson que procurent les memento mori et autres vanités.

Ce qui me trouble c’est le rapprochement qui s’opère entre la nature  éphémère et mortelle des plantes et la gravure qui immortalise ces effloraisons par la morsure du cuivre.  Graver comme une forme de conservation des corps végétaux, un « embaumement » dans les deux sens du terme.  Si cela vous parle, je vous conseille en passant la lecture de l’Embaumeur, d’Isabelle Duquesnoy. L’histoire d’un embaumeur après la Révolution. Mais attention, « Faut reconnaître… C’est du brutal ! », comme diraient les Tontons Flingueurs…âmes sensibles, s’abstenir…

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C comme corps (et non : porcs)

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C’est l’hiver. Même s’il est doux par chez nous, l’heure n’est pas venue où les corps se dévoilent. Mais partout pourtant une vérité est mise à nue qui raconte des histoires sordides de frottements dans les transports en commun, bien loin des transports amoureux chers à Roland Barthes.

A grand coup de « hache-tag »  mi-tout, mi-porc, c’est le grand déballage des violences-faites-aux-femmes, le supermarché de la surenchère de la chair féminine donnée en pâture aux animaux de la ferme.

Alors, sur une vieille plaque de cuivre qui a bien vécu, qui en a vu d’autres, j’ai eu envie de faire une  pointe-sèche, un bout de corps exposé pour le seul plaisir des yeux et pour parler de corps, et de séduction , d’érotisme sans arrière-pensée dans un monde où l’art nous sauverait des porcs.

Papier peint à la planche & estampes

Cet été j’ai exploré de nouvelles pistes et changé de dimension. A moi les essais d’estampes imprimées à la main sur  grand format. Le format Grand Aigle (75×106), ça vous change des petits tirages auxquels je me limitais jusqu’alors à cause de ma  presse Gary Thibeau, modèle « La Petite ».

J’ai donc patiemment encré mes herbes sauvages et autres graminées sur une grande et belle feuille Hanhemühle 350g, en humidifiant et en imprimant chaque zone une à une. Cette technique se rapproche un peu de de l’estampe japonaise,sans les matrices en bois. J’utilise d’ailleurs un baren, outil ancestral d’impression à la main. De par son thème, cette série reste  dans le prolongement de ma série Botanica, II dont je vous ai parlé précédemment.

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Mais cet été j’ai aussi visité le  Québec et j’ai rapporté un petit trésor: des clichés  des papiers peints anciens qui couvraient les murs des maisons  » de compagnie » (maisons des ouvriers et contremaîtres) du village « fantôme »de  Val Jalbert, au-dessus du Lac St Jean.

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J’ai toujours été fascinée par cette archéologie du quotidien, et en fouillant sur la toile, j’ ai trouvé  que je ne suis évidemment pas la seule. Si le sujet vous intéresse, lisez cet article.

Ce voyage m’a nourrie et a donné un nouveau tournant à mes recherches qui consistent à imprimer à la main  mes herbes folles sur les photos de  ces pans de murs décatis.  Ces photos sont imprimées sur papier dans de longs formats allongés ressemblant à  des lés de tapisserie que je pense exposer comme des kakemono, pour rester fidèle à cette esthétique japonaise que j’aime tant.

Dans un prochain article, je vous en dirai plus sur le papier dit « peint »  qui est en fait du papier imprimé, et sur le village de Val-Jalbert  haut lieu de l’industrie papetière au début siècle dernier au Québec. Tout se tient, tout se tisse et s’entrelace  comme les branches d’un même arbre.

A suivre …

6 juillet 2017: Eau, bois et papier chiffon


Retour de l’isle verte, avant de quitter le village nous faisons un arrêt chez une des rares fabricantes de papier chiffon du Quebec.

Après ces 24h à baigner dans les bois et l’eau du St Laurent, la transition s’impose tout naturellement.

Visite de la boutique-atelier, explication de la fabrication du papier chiffon, depuis les bouts de tissu à la feuille de papier avec inclusion de végétaux.

Je choisis une douzaine de feuilles pour la réalisation de mes prochains livres d’artiste: mental Work in progress…